Le vieux marché

Dans un fil précédent intitulé «bienvenue chez Loblaw's», nous avons parlé des petites épiceries de quartier et des modes d'approvisionnement en victuailles, au début du siècle dernier.  Comme pour toutes les grandes villes, Montréal possédait un certain nombre de «marchés publics» et on en retrouvait un dans chaque quartier de la ville.  Chez-nous, c'était le marché Saint-Jean-Baptiste et il était situé angle Saint-Laurent et Rachel.  Cette photo ancienne nous le montre, par un matin d'été, avec sa longue façade qui longe la rue Rachel.

source photographique : Ville de Montréal / Gestion des documents et archives

Marché Saint-Jean-Baptiste, 193- (photographie Z-157)

L'information que je possède nous indique qu'il aurait été construit en 1908; mais l'atlas Goad de 1890 montre déjà une construction similaire à cet endroit.  La Ville de Saint-Jean-Baptiste ayant été annexée à Montréal en 1886, il s'agit donc d'un marché de quartier montréalais.  On voit les «charettes» des maraîchers, dont les chevaux sont partis se reposer dans l'une des nombreuses écuries des environs (les garages de ce temps-là).  Ce n'est vraisemblablement pas jour de marché puisqu'il n'y a pas beaucoup d'achalandage.  Notre Monsieur Paquette, épicier dont nous avons suivi l'histoire sur le fil «bienvenue chez Loblaw's»; devait venir s'approvisionner ici.  Bien sûr, les particuliers fréquentaient aussi le marché et l'on peut facilement imaginer l'activité bourdonnante qui devait régner en ce lieu, lorsqu'il était envahi par les fermiers et maraîchers de la région. 

L'intérieur du bâtiment était occupé par les étals «permanents» et les bouchers.  L'étage logeait souvent des bureaux municipaux et dans ce cas-çi, une vaste salle servant aux assemblées publiques et orateurs populaires (nous y reviendrons).

Le nouveau marché

L'ancien marché vieillissant fut remplacé par un nouveau, probablement dans le cadre de la campagne des travaux publics du temps de la «grande crise».  La photo suivante (+/-1955) nous montre le nouveau bâtiment à partir de la rue Saint-Laurent et en regardant vers le nord.  L'architecture est semblable à celle du marché Saint-Jacques, qui lui est toujours existant angle Ontario et Amherst.  Bien sûr, les chevaux ont disparus et sont maintenant remplacés par les camions.  Il reste de moins en moins de maraîchers sur l'île; les produits viennent maintenant plutôt de l'Île Jésus (actuelle ville de Laval).  Nous sommes au milieu des années 50 et déjà certaines épiceries plus importantes sont installées sur le territoire.  Les gens délaissent peu à peu le marché public.

note: les photos récentes proviennent des archivesde la STM

Avec les années 60, notre société émerge tranquillement de la «grande noirceur» et amorce ses années de rattrapage vers la modernité.  En 1966, au moment où Montréal s'apprête à recevoir le monde entier à son Expo 67, l'administration municipale juge ce bâtiment désuet et décide de sa démolition.  Il ne sera pas remplacé, puisque l'usage de marché public est à ce moment jugé obsolète, étant donné la prolifération des supermarchés dans la ville; la population abandonne cette façon de faire et «s'emmourache» des nouveaux supermarchés.  Aujourd'hui, c'est le parc des Amériques qui occupe l'espace anciennement dévolu au marché Saint-Jean-Baptiste.  Nul doute qu'un rappel sur place de la riche histoire de ce lieu serait très pertinent au bénéfice des citoyens qui fréquentent ce lieu.

Aujourd'hui, la population semble revenir à cette ancienne façon de faire (par nostalgie ou par convivialité?), et les marchés publics qui subsistent sont de plus en plus fréquentés.  Les produits qui y sont offerts sont toujours du terroir, ... mais il s'agit maintenant de cidre de glace, de foie gras au torchon, de centaines de sortes d'épices exotiques de tous les coins du monde, et des tourtières au gibier «sauvage» provenant de fermes d'élevage.

Il n'y a pas à dire! il s'en est passé des choses dans ce vieux Plateau.