20 décembre 2007
Comment ça? beaucoup de neige!
Quand on regarde les chutes de neige qui viennent de nous tomber dessus cette semaine et quand on sait que les plus vieux disent souvent : «Dans notre temps, il y avait pas mal plus de neige qu'aujourd'hui!»; on se demande bien ce qu'ils faisaient avec des équipements de déneigement comme ceux que l'on voit sur la photo.
note : la photo provient de la gestion des archives de la Ville de Montréal
Peut-être s'agissait-il des p'tits «Bombardier» du temps jadis. Chose certaine, cet équipement devait faire moins de bruit et être moins dur sur la base des troncs des arbres de nos rues. Jeune enfant, je me souviens que la neige n'était ramassée que dans la rue et que de gros bancs de neige longeaient les trottoirs tout l'hiver. Nous devons présumer que les déneigeurs prenaient ça «aisé» (francisation de «easy») et déneigeaient une rue à la fois.
Au printemps, pour les enfants, c'était le carnaval du «cassage» de glace sur le trottoir. Les trottoirs n'étant pas grattés comme aujourd'hui, il s'ensuivait la formation d'une épaisse couche de neige durcie qui se transformait en glace avec le temps . Une sorte de corvée volontaire réunissait alors tous les enfants de la rue qui, armés de haches, de pelles et de pics, s'attaquaient à une couche de glace qui devait bien faire 7-8 pouces d'épaisseur (16-18 cm). Ce travail s'effectuait au printemps; au moment où le redoux avait commencé à altérer la glace et provoqué un petit film d'eau sous elle. La glace était «cuite» et enfin prête pour le carnage.
Il suffisait de bien choisir la grosseur de sa «bouchée» et après quelques coups de hache bien appliqués, vous entendiez le «PLOC» caractéristique fait par le morceau se séparant de sa banquise; bonheur fugace (et, disons-le, répétitif) du petit casseur de glace. Quand l'heure du «break» (le diner ou le souper) arrivait; on laissait en plan un trottoir partiellement dégagé et avec des marches à monter ou descendre, au grand désespoir des piétons distraits. Je me souviens que cette corvée pouvait parfois durer plusieurs jours; c'était peut-être une façon de pousser sur l'hiver et de tirer sur le collet du printemps. Doux temps du redoux!
Sur la photo suivante (qui est prise devant le magasin Morgan's, futur LaBaie), on voit des pelleteurs à l'oeuvre. Ce n'est qu'en 1905 que la Ville de Montréal prendra charge du ramassage de la neige en ville. Avant, le déblaiement était de la responsabilité des citoyens ou commercants, comme ici en 1901, sur la rue Sainte-Catherine. Il est facile à imaginer que ce devait être pareil sur l'avenue du Mont-Royal.
Encore une fois, la photo suivante nous ramène dans les bourrasques de l'hiver et nous montre un des cinq tramways chasse-neige utilisé pour déblayer les voies. On peut voir la brosse rotative qui devait parfaire le travail de la lame chasse-neige. Cette photo de 1895, nous montre le mastodonte, suivi par la voiture 332 de la ligne Amherst.
note: les deux dernières photos proviennent du fonds Notman du Musée McCord. Cliquez sur les photos pour les agrandir.
02 décembre 2007
Drame rue Mentana
Le 14 septembre 1945, à l'heure du midi, à quelques jours de la signature de l'armistice de la deuxième grande guerre, un drame se prépare sur la rue Mentana, tout juste au sud de Mont-Royal. C'est la fin de l'heure du dîner et les écoliers retournent à l'école. À cette époque, les enfants retournent à la maison pour dîner; il n'y a pas encore de service de garde à l'école et le mode de vie n'oblige pas encore les mères de famille à aller travailler. Comme disait le curé : ..«la place de la femme est à la maison».
J'ouvre ici une parenthèse pour rappeler qu'il s'agit d'un blog historique (donc ancien!); qui fait état des choses comme elles se passaient dans le temps et qui n'engage pas la responsabilité contemporaine de son auteur. À cette époque, l'homme est le pourvoyeur de la famille (même si parfois il s'accroche les pieds à la taverne) et la femme est la reine du foyer, celle qui fait «runner» la business; dans le fond, c'est elle la vraie boss.
Donc, le climat et le mode de vie familial étant campé; retournons à nos jeunes écoliers qui retournent vers leurs classes après le dîner. Il est près d'une heure de l'après-midi lorsqu'un employé d'une quincaillerie de la rue Mont-Royal est affairé dans l'entrepôt situé sur Mentana. À partir d'un réservoir de 50 gallons de naphta (dans ce temps là, les litres n'existent pas encore), il emplit un plus petit bidon pour la vente au détail. La manipulation de ce combustible étant hautement dangereuse, il suffit d'une simple étincelle pour allumer un incendie. Ce qui devait arriver ...arriva!
Copie d'une manchette du journal laPatrie; provenant de la collection numérique d la BANQ. Cliquez sur la photo pour l'agrandir.
L'employé quitte la scène pour aller prévenir les pompiers. Peu de temps après, les premières voitures provenant de la caserne 16 (rachel et Christophe-Colomb) arrivent sur les lieux. On utilise le camion pompe et non les échelles, puisque le feu est au sous-sol de l'édifice. Le feu ne semble pas dramatique pour le moment car il y a peu de flammes et de fumée. Ne redoutant pas le danger, lorsque les premiers sapeurs se présentent à l'entrée de la porte du sous-sol, le baril de Naphta explose et propulse littéralement une immense boule de feu par l'ouverture; fauchant au passage les malheureux pompiers. Les journaux parlent «d'apocalypse» et de «mer de feu». Toujours est-il que cette «boule de feu» est allée souffler la façade des maisons de l'autre côté de la rue, y allumant différents foyers d'incendies.
Toutefois, le véritable drame ne réside pas dans ces flammes déchaînées, mais plutôt dans l'amas de victimes jonchant le sol après l'explosion. On parle de cinquante et une victimes. Malheureusement, de ce nombre, on retrouve une majorité d'enfants qui s'étaient arrêtés sur le chemin de l'école pour regarder travailler les pompiers sur ce petit feu (avant l'explosion du baril). Il s'agit bien sûr d'enfants du voisinage; rue Mentana, rue Boyer, etc.
L'explosion fera finalement 10 victimes, dont 7 enfants. Deux familles perdront même trois de leurs membres. Une multitude d'autres porteront toute leur vie, sur leurs corps, les marques de ce drame. Jeune enfant, une voisine d'à peine dix ans plus agée que moi, avait à la figure les traces de ce qui avait du être d'atroces brûlures, souvenirs de ce jour fatidique.



