Voici, pour le bénéfice des curieux et autres érudits férus d'histoire et avides de détails; un petit résumé de lecture d'une monographie rédigée en 1924 concernant l'histoire de la paroisse Saint-Jean-Baptiste.

Sa rédaction fut l'occasion de mentionner certains détails spécifiques au plus large quartier (détails souvent ignorés aujourd'hui) et plus frais à la mémoire des gens de 1924.  C'est aussi l'intérêt de cette monographie.  Je tenterai plus tard d'y ajouter quelques photos historiques des églises successives.

Bonne lecture

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photo Gabriel Deschambault

SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL

Monographie paroissiale  1874 - 1924

Par L’abbé Elie-J. Auclair  / Québec 1924 

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Le 28 juin 1874, la première église est ouverte au culte (4000 âmes), elle sera incendiée en 1898.

La paroisse compte de 15 000 à 16000 âmes en 1924 ; les anglophones appartiennent à l’église Sainte-Agnès (Saint-Jude) qui sera longtemps logée à même l’église SJB.

En 1924, la paroisse se limite de Christophe-Colomb à avenue du Parc, et de Mont-Royal à Duluth.

Saint-Enfant-Jésus est la paroisse mère de toutes les paroisses du nord.  Son nom canonique était Saint-Enfant-Jésus-du-Coteau Saint-Louis.

Jusqu’en 1866, il n’existe qu’une seule paroisse à Montréal ;  Notre-Dame.  Le volume nous indique qu’en 1848 se crée une «désserte» de Notre-Dame, qui deviendra plus tard la paroisse de SEJME; pendant que se préparent Saint-Jacques et Saint-Patrice.  En 1849 une chapelle est construite et une église SEJME (succursale de Notre-Dame) sera construite en 1857-58.  En 1867, la paroisse est érigée canoniquement.

À cette époque, on parle de deux «installations» au nord.  Coteau Saint-Louis et Pierreville.  On réfère au champ de course qui est situé à un mille des limites nord de la ville de Montréal.  Coteau deviendra la paroisse Saint-Denis plus tard.

Le Lovell de 1872 (cité par Auclair) mentionne 5000 habitants au village Saint-Jean-Baptiste, 4000 à Coteau Saint-Louis.  À Saint-Jean-Baptiste, on commence à penser à une église.

En juin 1872, 4 grands propriétaires du village ; Ferdinand David, Sévère Rivard, Michel Laurent, Gustave-Adolphe Drolet, font don à Mgr Bourget, de 20 emplacements de 15 x 200 pieds, entre les rue Drolet et Henri-Julien.  (l’histoire du développement du quartier nous souligne que ce don visait avant tout à faire mousser le développement immobilier résidentiel qui ne manquerait de se produire autour d’une grande et magnifique église).  En 1877 la fabrique de la paroisse sera constituée.

En 1872 les travaux débutent mais sont interrompus.  En 1873, une pétition des donateurs (ainsi que du maire Villeneuve) insiste auprès de Mgr Bourget, pour que les travaux se poursuivent.  En 1881-82, l’église sera terminée, mais est déjà ouverte au culte depuis 1874 (crypte).  Les plans sont de l’architecte Alphonse Raza.

premi_re__glise_SJB La première église / oeuvre de l'architecte Aphonse Raza

L’auteur nous mentionne l’existence de «tensions» entre Bourget et les Sulpiciens.  En 1873 l’église Saint-Jacques est autonome et en 1875 SJB est érigée canoniquement.  Mgr Bouget aura ouvert 75 paroisses durant son mandat.

L’auteur mentionne plus loin …« à la suite de la fièvre de spéculation et de constructions de 1873-74, Montréal se retrouve avec une crise importante dans les affaires».  La paroisse a alors une dette de 60 000$ et il n’y a pas de «répartition» d’organisée.

Un nouveau curé arrive en 1878, le curé Dozois ;  il ne peut faire accepter la répartition chez les paroissiens et permettre de finir l’église.  Il quittera en 1880 (j’imagine que les généreux  «donateurs» ont dû se plaindre de son infortune ?).

En 1880, c’est l’arrivée du curé Auclair et c’est le début des heures de gloire de la paroisse.  Toutefois, le curé doit faire face à une dette de 64 000$ et toujours pas de répartition d’organisée.  Les revenus de la paroisse ne suffisent même pas à payer les intérêts de la dette.  Tout ce beau monde va finir par s’entendre sur le scénario suivant :  l’évéché va payer la moitié de la dette, soit 32 000$, la fabrique 16 000$ et 16 000$ sera payé avec une répartition mise en place en 1881.  Les architectes qui terminent les travaux sont Perreault et Mesnard et l’histoire  ne dit pas ce qu’il advint de l’architecte Raza.

Le curé Auclair sera reconnu pour ses initiatives et ses nombreuses constructions civiques, d’écoles, d’académies, d’hospice.  Il participera activement à la mise en place d’un noyau civique solide qui fera honneur à la ville de SJB.  À cette époque, il n’existe qu’une «école de village» pour garçons, qui est située sur Saint-Hyppolite (future rue Coloniale).

En 1887, Mgr Fabre demande à la paroisse de construire une chapelle pour les congrégationnistes.  C’est l’architecte Victor Roy (église Saint-Louis-de-France) associé avec un M. Poitras.  Les plans seront tracés par Casimir Saint-Jean, alors stagiaire chez Roy.

De 1894 à 1898, la sacristie servira de berceau à la paroisse Sainte-Agnès.

Dans le quartier, cela évolue et en 1875 un terrain est donné par M. Lyonnais (angle Rachel et Papineau) pour la construction d’une église.  Ce sont les Jésuites qui se voient confier cette paroisse en 1884.  L’église actuelle sera construite en 1896.  Le territoire original de SJB se verra retranché du secteur Christophe-Colomb à Papineau, au profit de  la nouvelle paroisse (effets sur la dîme ??).  Les Pères du Saint-Sacrement vont aussi arriver dans le décor en 1890 et leur église en 1894 (toutefois, ils ne formeront paroisse qu’en 1926).

Le curé Auclair fondera en 1892 l’Académie du Sacré-Cœur.

L’auteur nous parle de l’existence, en 1885, d’un hôpital Saint-Roch, situé à l’emplacement de l’actuel monument à Georges-Étienne-Cartier; hôpital qui servit lors de l'épidémie de choléra.

En 1893, le curé Auclair désire créé un hospice qui sera finalement ouvert le 24 oct 1896 et tenu par les Sœurs de la Providence (Mère Gamelin fondatrice).  L’architecte sera Casimir Saint-Jean et le bâtiment sera (dit-on ?) le premier édifice à l’épreuve du feu à cause de l’utilisation du béton et de la maconnerie.

Le 29 janvier 1898, un grand incendie brûle l’église et le presbytère.  Des travaux de réparations avaient eu lieu l’année précédente, par l’architecte Joseph Venne.

On organise un concours auprès des architectes catholiques de la ville pour la production des plans de la nouvelle église.  C’est Émile Vanier qui remporte la palme.  Le curé fait une souscription mais elle est insuffisante pour couvrir les frais,  La fabrique réclame de Québec un «bill» permettant de faire un autre emprunt de 115 000$ à répartir.  Le projet coûte plus cher que prévu et il manque encore 60 000$.  Nouvelle demande pour emprunter, mais Mgr Bruchési dit : «seulement 30 000$».  Il faut dire que le curé Auclair était fort habile avec les tombolas payantes (8 000- 10 000$ à chaque fois) mais Bruchési avait demandé que cette pratique cesse dans les fabriques de Montréal.

Le 24 juin 1903 la reconstruction est complétée et la nouvelle église peut accueillir 3 200 personnes assises.  L’auteur nous souligne une anecdote à l’égard du grand banquet qui suivit ; ..«dans la grande salle du Montagnard près de Saint-Hubert et Duluth (les atlas anciens parlent d’un aréna ?) ;  3500 personnes y assistèrent.

st_jean_baptistela deuxième église avec son dôme qui dominait le panorama de tout le quartier  /  oeuvre de l'architecte Émile Vanier

En 1903, c’est la création de la paroisse Sainte-Agnès.

Le 24 nov. 1907 le curé Auclair fait un bilan devant Mgr Bruchési :  Dans la paroisse, on retrouve 4325 familles, dont 14 000 communiants et 4500 non-communiants.  1144 élèves à l’académie des garçons, 330 élèves à Marie-Rose, 885 élèves à l’académie du Sacré-Cœur.  L’hospice, qui est géré par 30 religieuses, accueille 51 garçons et 53 filles orphelins et orphelins, 15 hommes et 43 femmes agées.  Il y a 1200 dames de Sainte-Anne, 800 enfants de Marie, 870 hommes congrégationnistes  et 500 dames de la charité.  En 1907, il s’était donné 175 000 communions, soit 14 583 / mois.

Le 18 décembre 1910, le curé Auclair devient paralysé.  L’auteur dit qu’il a beaucoup travaillé et qu’il a dû traverser bien des problèmes, entre autres d’argent, et même des dettes difficiles, personnellement contractées.  On parle même de procès difficiles (procès Dufort).

Le 27 juin 1911, la nouvelle église brûle à nouveau, deux jours à peine après l’inauguration des grandes orgues des frères Casavant. Cette tragédie abat encore plus l’ancien curé retiré depuis deux ans.  Il en mourra en décembre suivant.

La situation financière de la fabrique est plutôt compromise.

En 1911, il y a à SJB  3840 familles francophones (13 600 communiants et 3200 non-communiants), 322 familles anglaises, 500 familles protestantes et 600 familles juives.

La troisième église sera l’œuvre de Casimir Saint-Jean (bien que d’importantes parties de la façade d’origine soient encore debout).  Le 14 mars 1915, c’est l’inauguration.  Elle sera complétée en septembre 1918.

En 1917 les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie s’occupent d’une école maternelle sur la rue Berri, l’école Lafontaine ; 600-700 enfants y sont inscrits.

Voilà pour ce court volet de l'histoire d'une des belles paroisses du Plateau.

Une dernière photo, prise lors de la messe anniversaire de Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin 2008;  on voit une église remplie, ce qui n'est plus courant aujourd'hui!

shgp__glise_SJB_Juin_2008

photo de Kevin Cohalan