Au printemps 1947, la Ville de Montréal décide de mettre fin à la vente d'aliments sur la voie publique.  On invoque des raisons de salubrité et de propreté, mais on doit aussi probablement tenir compte des récriminations des commerçants qui ont pignon sur rue, qui paient de bonnes taxes et qui voient autant de clients leur échapper.  À l'époque, on parle de près de 200 véhicules qui sillonent les rues de la ville...ce n'est pas rien!

Voiture de frites 1947 z384-2

source Archives Ville de Montréal Z 384-2

Notre photo montre une voiture qui est stationnée sur le terrain d'une station-service, probablement afin d'éviter l'occupation du domaine public (la légende dit Masson et Pie IX).  Mais il ne fait pas de doute que cette cantine a aussi arpenté les rues du Plateau.  Disons-le, notre entrepreneur a quand même fière allure avec son tablier, sa cravate, ses bretelles  et son petit képi de cuistot, en papier.  Son camion, quant à lui, fait plutôt piêtre figure; mais l'important, c'est surtout le goût de la «patate» et des «guédilles»,non? 

Au moins, c'est encourageant pour lui, la journée sera longue et fructueuse....si l'on en juge par le nombre de «casseaux» que notre homme a préparés et bien «cordés» dans la vitre arrière.  On aperçoit aussi un fanal au kérosène, pour les fins d'après-midi sombres de l'automne (et peut-être les ventes de soirées au stade De Lorimier ou ailleurs).  Le véhicule semble pourtant branché au poteau de la station-service, mais ce doit être pour un autre usage que l'éclairage.  On s'entend aussi qu'en plein soleil...il devait faire un peu chaud devant les réchauds.  Il s'agit probablement des ancêtres des actuelles cantines mobiles qui parcourent les  chantiers et lieux de travail importants.  Pensez-y deux secondes...ce camion, aujourd'hui, sur le Plateau, ferait des affaires d'or!

Au moment de cette photo en mai 1947, j'ai deux mois et demi.  Un peu jeune pour manger des patates.  Mais laissez-moi vous dire que je me suis repris depuis! 

Une bonne grosse frite dans un sac de papier brun, dans lequel on a versé une bonne quantité de vinaigre et de sel.  C'est un bonheur!