Au début du XXème siècle à Montréal, le commerce du lait relève plus des lois du Far-West que de règles sanitaires convenables.  Plusieurs entrepreneurs s'inventent laitiers et tous n'ont pas la rigueur qu'exige la traitement de cet aliment fragile.  Les ménages ne peuvent compter que sur les petites glacières domestiques afin de conserver leur lait.  Le transport, la manutention et l'entreposage des bidons de lait n'est pas garant de sa bonne qualité.  Ajoutons à cela que la pasteurisation du lait n'est pas encore obligatoire à Montréal et vous avez les conditions parfaites pour générer de sérieux problèmes.  D'ailleurs, à cette époque, un nourrisson montréalais sur quatre décède dans sa première année de vie. 

Sainte-Justine goutte de lait 1912 arch

 source : Archives de l'Hôpital Sainte-Justine

 C'est ce qui incitera la docteure Irma Levasseur, première canadienne-française à obtenir son diplôme de médecine, à créer avec d'autres femmes l'hôpital Sainte-Justine en1907.  Après une année sur la rue Saint-Denis, l'hôpital déménage avenue De Lorimier au sud  de Rachel.  Vers 1910, on souhaite apporter une solution à ce problème du mauvais lait en créant les "Gouttes de Lait".  Véritables CLSC avant la lettre, ces dispensaires offriront pour un coût minime, ou même gratuitement, un lait de qualité.  Les mères y sont aussi invitées afin de recevoir des conseils sur les soins à apporter aux nourrissons et aux enfants.  Cette belle photo (tout de même un peu scénarisée) nous montre cette distribution de lait dans un logement en face de l'hôpital.  On peut également admirer les belles boiseries victoriennes de l'escalier qui mène aux étages.  Ce n'est que plus tard, avec l'utilisation de l'acier pour leur fabrication, que nous verrons apparaître les fameux escaliers courbés si typiques de Montréal.