En 1870, la glace est encore épaisse sur le fleuve, mais il faut se dépêcher pour faire le plein des entrepôts des compagnies de glace de la ville.  Dans les actualités de 2017, la fonte de la neige est déjà amorcée et les glaces des rivières menacent presque les campagnes.  Ça gèle moins qu'avant. 

Métiers coupeur de glace 1870 copie

 

source Musée McCord

Ce n'est quand même pas encore le cas sur notre Saint-Laurent du XIXème siècle.  Nos cueilleurs de glace s'activent en aval du pont Victoria; quelque part au pied de la rue McGill.  L'électricité n'existe pas encore et il faut donc assurer aux montréalais un moyen de conserver leurs victuailles durant les chauds mois d'été.  Pour ce faire, chaque ménage possède un meuble-glacière pour y ranger le lait, le beurre, la viande; et il faut alimenter ce dernier en blocs de glace tout au long de l'année.  Les compagnies de glace sont nombreuses et possèdent plusieurs "glacières-entrepôt" réparties sur l'ensemble du territoire de la ville.  Dans le Plateau il en existe plusieurs, dont une particulièrement immense angle Henri-Julien et Du Carmel.  

L'espace est aujourd'hui occupé par le parc du Carmel, ce qui vous donne une petite idée de ses dimensions.  C'est un très grand volume sans fenêtres, construit de murs épais et très bien isolés.  Les blocs de glace y sont entassés, séparés par des couches de bran de scie afin d'éviter que le tout se soude en un seul morceau.  Les blocs de 25 ou 50 livres sont ensuite livrés par les ruelles, avec une voiture à cheval.  Dur métier que celui de livreur de glace, qui doit monter les blocs par de minuscules et sombres tourelles intérieures.  Dur métier également que celui de coupeur de glace; debout, les pieds gelés et mouillés, près les berges du fleuve à scier la glace toute la journée.  Mais l'été, dans la canicule, c'est au tour des enfants de se régaler  des morceaux de glace brisés qui jonchent le plancher de la charrette du livreur.