histoire du Plateau Mont-Royal

21 mars 2013

Heure de pointe rue Saint-Grégoire

En 1945, la présence de l'incinérateur (le vieux) sur les terrains de la cour de voirie "des Carrières", impose la procession des "camions de déchets" vers le site.  Bien sûr, le "camion" n'a qu'un "cheval vapeur" et seulement deux roues, mais l'équipe est vaillante, même si elle se limite à une seule personne.  La scène se déroule près de la rue De Lanaudiere et le bâtiment du garage St-Grégoire existe toujours.

Le chargement est à l'image de l'époque ...simple et sans prétention.  Nous n'avons pas encore atteint la société de consommation et la production incroyable de déchets et d'emballages inutiles qui en résultent.

rue Saint-Grégoire (1372) 1945 tombereau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo Archives de Montréal

Il est intéressant de se rappeler que l'essentiel de la force motrice de la première moitié du vingtième siècle était représentée par le cheval.  Le transport des personnes, des marchandises, etc. se réalisait grâce au cheval.  Le charretier, le laitier, le boulanger, tout le monde utilisait un cheval.  Pas de stations service, mais des hangars à foin.  Le cheval ne produisait pas de CO et il ne polluait que par sa seule production de fruits uniques et bien particuliers ...les pommes de route.  Cela faisait malgré tout le bonheur des volatils urbains, qui doivent maintenant se rabattre sur les McDonald's.

Autre époque.

 

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07 février 2013

Un vrai roi sur l'Avenue du Mont-Royal

On sait bien que notre rue Mont-Royal n'est pas ordinaire mais, admettons-le, c'est quand même particulier d'y accueillir une véritable "majestée britannique".

C'est en mai 1939, à l'aube de la deuxième grande guerre, que le roi Georges VI vient nous rendre visite en compagnie de son épouse Elizabeth, qui deviendra plus tard la "Queen Mum".  L'Empire britannique, qui sent la soupe chaude et l'approche de la guerre, s'inquiète des tergiversations du bon peuple canadien à l'égard  de la conscription.  Les anglophones veulent bien se porter à la défense de la "Mère-Patrie"; mais les francophones sont pas mal plus réticents à cet égard.  On enverra donc un gros ambassadeur pour  nous brasser le "canayen".

Ferland Station service avenue Mont-Royal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parrainé par le premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King, le couple royal traversera le Canada avant de se rendre à New-York, pour l'inauguration de l'exposition universelle.  Bien sûr il s'arrêtera à Montréal (encore presque métropole du Canada).

K H_M__Queen_Elizabeth_with Camilien_Houde_leaving_Windsor_Station

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant son séjour à Montréal, c'est notre ami Camillien Houde, nouvellement élu maire, qui accompagnera le couple royal.  Ironiquement (pour ne pas dire paradoxalement), Houde signifiera quelques mois plus tard en août 1940, sa farouche opposition à la conscription, ce qui lui vaudra 4 ans d'internement à Petawawa, dans un camp de "concentration".  Il reviendra à Montréal en août 1944 où il sera accueilli en véritable héros.

Pour ce qui est de notre photo de l'Avenue Mont-Royal, on se trouve entre Mentana et Boyer (on regarde vers le sud), devant la station-service de monsieur Armand Ferland.  C'est son fils Paul-Émile qui nous a fourni cette photo.  On remarque la foule bon enfant, toute endimanchée et vraisemblablement très heureuse d'assister au spectacle.  L'histoire ne dit pas ce que fait le roi sur la rue Mont-Royal.  Où va-t'il?  D'où vient-il?  Camillien demeure sur Saint-Hubert près de Mont-Royal; mais qu'aurait fait le roi chez Camillien et Georgette?  C'est quand même curieux!

Outre le bâtiment de la station-service comme tel, l'environnement n'a pas vraiment changé.  Peut-être monsieur Ferland nous donnera-t'il plus de détail?

King_George_VI_of_England,_formal_photo_portrait,_circa_1940-1946

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Georges VI (1895-1952)

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26 janvier 2013

Salut Monique!

La petite blonde à gauche, sur la photo de l'entête du blog, est décédée hier à 84 ans.  Elle était née sur le Plateau et n'a jamais oublié son quartier d'enfance.  J'aimais beaucoup ma cousine Monique Béland.  Elle habita le quartier jusqu'à son mariage, avec son amoureux Gérald Vincent.  Fais attention à toi là-bas!

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24 janvier 2013

Passage du temps "rue" Saint-Laurent

On ne se rend pas compte comment le temps peut passer et comment les choses peuvent changer.  Cela est d'autant plus vrai dans une grande ville comme Montréal et à plus forte raison, sur une rue commerciale aussi dynamique et mobile que le boulevard Saint-Laurent.  Mais parfois, ce passage du temps nous réserve des surprises étonnantes.

On connaît un peu cette magnifique photo de la rue Saint-Laurent à l'angle de la rue Marie-Anne vers 1880 (on regarde vers le nord).  L'angle nord-est est occupé par le PARK HOTEL, propriété de monsieur A. Patenaude.  Nous sommes en plein coeur du village Saint-Jean-Baptiste.  Un détail attirait mon attention sur cette photo (point rouge) qui montrait un bâtiment de trois étages, avec mansarde et avec comme particularité, à l'étage, un balcon protégé.  J'avais déjà noté ce très vieil édifice il y a plusieurs années, mais il fut transformé il y a un bon moment.

 Saint-Laurent et Marie-Anne vers 1880 copie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Récemment, je trouve une photo relatant un incendie sur la Main, près de Mont-Royal.  L'image est intéressante pour son aspect documentaire (ancien commerces, ancien équipement incendie, etc.) et pour la curiosité de voir tous ces badauds juchés un peu partout sur les camions de pompiers.  Aujourd'hui, il y aurait des cordons jaunes et beaucoup de policiers pour éloigner tout ce monde.

Incendie Saint-Laurent et Mont-Royal l'assoc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qui est surtout intéressant avec cette photo, c'est qu'on y retrouve notre bâtiment de la photo précédente, près de 70 ans plus tard (magasin Segal's).  Il a résisté au passage du temps, mais la modernité le rattrapera bientôt. 

On peut aussi noter que l'édifice immédiatement au sud de celui incendié, est celui où Ida Steinberg ouvrit son épicerie (4419-4423 Saint-Laurent) qui donnera plus tard naissance à l'empire Steinberg's.  Aujourd'hui, l'espace est occupé par le commerce "Biltmore".

SHGP dessin magasin Steinberg

 

 

 

 

 

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16 décembre 2012

reprise du hockey

Avec le "lock-out" décrété par la ligne nationale de hockey, les fans sont actuellement privés de leur sport préféré et des poussées d'adrénaline provoquées par les matchs serrés, les bagarres et la course à la coupe.

Les joueurs étoiles aussi se sentent lésés par l'absence de matches et songent depuis un certain à reprendre le jeu coûte que coûte.

C'est ainsi que vient d'être lancée la ligue de la ruelle Brébeuf; et que nous assistons ici à la troisième confrontation entre les joueurs du club "Brébeuf" et ceux du club "Chambord".

hockey bottine 876166enfants33

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le pointage est égal et nous sommes en surtemps.  Les lames commencent à s'émousser en même temps que les chevilles, qui sont en train de tomber en morceaux au fond des patins.  Une chose est certaine, la bonne humeur règne et il n'est vraiment pas question de laisser tomber les gants et gaspiller ce bel après-midi ensoleillé.  D'ailleurs, il serait bien difficile de laisser tomber les gants, puisque nos vedettes ont plutôt de simples mitaines.

Les joueurs du Chambord mènent la série 2 à 0 mais il faut dire qu'ils ont, étant donné l'état de la glace, un net avantage en jouant en "bottine".  Les gradins des escaliers sont malheureusement vides, mais il faut dire que c'est déjà la huitième période de surtemps de l'après-midi.  Les spectateurs sont pour la plupart,  partis à la maison, savourer un bon verre de lait avec des biscuits.

J'ai déjà été champion compteur de mon équipe...l'espace d'un matin.  Par contre, je n'ai pas été repêché par un dépisteur des grands clubs.  Mais que de plaisir!

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09 décembre 2012

Rue Des Érables

Une page frontispice du Guide Mont-Royal du 21 janvier 1960 nous parle d'une "plaie à panser" angle Mont-Royal et Des Érables.  Des bâtiments incendiés semblent y être oubliés depuis deux ans.  Une plaie à soigner.  On réfère également à un autre incendie la semaine précédente, angle Rivard et Mont-Royal.

Quel est le remède prescrit...un bon vieux stationnement. 

GMR_1960_0039 copie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 La semaine précédente, à la suite de l'incendie de plusieurs édifices de l'Avenue du Mont-Royal entre Berri et Rivard, un conseiller municipal, monsieur André Desmarais, proposait l'aménagement d'un stationnement .... ce qui fait "cruellement défaut" sur l'Avenue du Mont-Royal.  Pas besoin de dire que cette semaine l'idée est reprise, cette fois pour l'angle Des Érables, où le journal  souhaite la création d'un deuxième stationnement.

Pouvez-vous imaginer la continuité commerciale de Mont-Royal éventrée par ces deux grands espaces libres.  Heureusement, l'idée n'est pas retenue et l'on aménage coin Des Érables, un nouveau commerce sur ce site.  La quincaillerie DeLorimier.  Bien sûr, "l'architecture" de l'édifice ne remporte pas de médaille, mais c'était le goût du jour.  Une recherche de la modernité.

Quant à l'autre emplacement, il accueillera quelques années plus tard, la station Mont-Royal.

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25 novembre 2012

Le Mile-End...il y a 125 ans

Pour les amoureux du Mile-End, cette extraordinaire photo du studio Notman (Musée McCord) nous montre le fameux Palais de Cristal, œuvre de l’architecte John Hopkins, sur le site du terrain des expositions de la « Puissance » (le Dominion du Canada).  Originalement construit en 1860 sur la rue Sainte-Catherine près de la rue University,  il sera acheté par le gouvernement du Québec en 1877, démantelé et reconstruit en 1879 sur le terrain au nord de Mont-Royal et de Fletcher’s Field, comme on appelait l’espace de l’actuel parc Jeanne-Mance.  On y tiendra pendant nombre d’années des expositions agricoles et industrielles qui sont très populaires dans le public.  L’ensemble du site occupe alors l’espace des rues Parc à Saint-Urbain et de Saint-Joseph à Duluth.  Le Palais de Cristal sera finalement détruit par un violent incendie en 1896.

Palais de Cristal Fletcher's field McCord

 

 

 

photo Studio Notman (Musée McCord) cliquez sur la photo

Pour nous situer sur cette photo que l’on pourrait dater vers 1885, on voit la palissade blanche qui longe la rue Bleury (avenue du Parc), tandis que le passage surélevé que l’on voit à droite, relie les deux parties du terrain des expositions, de part et d’autre de l’avenue du Mont-Royal.  À la cessation de ces expositions, au tournant du siècle, la partie au nord de l’avenue sera développée à des fins résidentielles, sous le nom de l’Annexe; un vaste secteur de l’actuel Mile-End.  On voit le Palais de Cristal à gauche, parmi les autres bâtiments de l’exposition. 

Plus intéressant, on distingue dans le haut de la photo vers la droite, la toute première église de Saint-Enfant-Jésus-du-Mile-End, conçue par l’architecte Victor Bourgeau vers 1857.  À la droite, c’est la Providence du Saint-Enfant-Jésus (des Sœurs de la Providence) avec son toit à deux versants, construit en 1874 et avant qu’il ne soit exhaussé en 1894. 

Nous sommes au pied du Mont-Royal et l’on peut apercevoir, au premier plan, le tracé original de ce qui sera plus tard connu sous le vocable de « chemin Olmsted ».  Le grand architecte de paysage a réalisé son plan d’aménagement du Mont-Royal en 1876 mais une sérieuse crise financière freine la mise en œuvre du projet.  Seul le chemin sera tracé dans un premier temps. 

Nous sommes toujours en banlieue de Montréal et nous voyons ici les vestiges des derniers pâturages du Plateau.

voir cette autre photo (vers 1910) dans un "fil" précédent où  l'on aperçoit le petit bâtiment de gauche de la photo précédente avec son toit à quatre versants.

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http://histoireplateau.canalblog.com/archives/2007/01/18/3735147.html

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25 août 2012

Le côté féminin du Plateau

En novembre 2008 (voir lien plus bas) je vous parlais de la création par deux jeunes femmes du Plateau, rue Pontiac près de Bienville, de ce qui sera plus tard le grand hôpital du Sacré-Coeur.

Monsieur Robert Caron, un lecteur assidu du blog et participant fort actif, m'a fait parvenir une carte d'anniversaire de type "carte postale" datant de 1911, échangée entre les deux soeurs Généreux de notre histoire originale et leur nièce Marguerite Racette, pour son septième anniversaire de naissance (et aussi pour marquer l'événement de sa première communion).  On voit qu'à cette époque, la fillette et ses tantes demeurent toujours sur Pontiac, à quelques portes de distance.

Pour relire la page originale :  http://histoireplateau.canalblog.com/archives/2008/11/03/index.html

CARTE DE SOUHAIT-0001_1 (1)Je trouve cette carte très belle et je suppose que la petite fille a du apprécier la gentillesse de ses tantes Georgianna et Léontine .  Seul le mot "quantième"  me laisse songeur quant à son sens exact.  Les soeurs Généreux se réfèrent-elles à la date de la première communion; du rang que l'événement porte dans le coeur de la fillette?  Je l'ignore.

Bien sûr, c'était avant Facebook et Twitter; à une époque où l'on donnait un chapelet pour la première communion, et pas un IPod (encore faut-il que première communion il y ait toujours!).

Je vous invite à relire l'histoire du projet des soeurs Généreux.  Ce n'est pas banal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

CARTE DE SOUHAIT-0002_2 (1)

 

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14 août 2012

Le parc Laurier et l'École Supérieure Saint-Stanislas

Aussi connue sous le vocable ESSS, cette école faisait la fierté des Frères de l'Instruction Chrétienne.  Les jeunes qui y suivaient leurs cours partageaient aussi cette fierté et l'école jouissait d'un sentiment d'appartenance très fort.

Construite en 1932, selon les plans des architectes Dalbé Viau et Alphonse Venne, l'école reprend dans un style épuré, certains éléments du style Art Déco qui est florissant depuis quelques années à Montréal.  On peut toujours voir ces bas-reliefs à différents endroits de la façade.  Sur cette photo, l'édifice paraît résolument moderne dans son milieu d'insertion plus ancien, dans cette partie nord du Plateau.  Les 32 religieux qui enseignent à l'école demeurent dans une résidence située au sud de l'école.

Cette institution sera aussi connue pour son fameux corps de tambours et clairons, les "Rythmiks", dont les uniformes tres élégants mettront en valeur les grands adolescents qui le composent et feront tomber en pâmoison de nombreuses jeunes filles qui les voyaient parader dans le quartier.  Autres temps, autres moeurs.

En face de l'école, on remarque bien sûr le grand dégagement du parc Laurier et ses petits arbres maigrichons récemment plantés.  On se souvient qu'il s'agit d'une ancienne carrière qui fut en opération à la fin du 19e siècle et servit par la suite de zone d'enfouissement de déchets (expression polie pour parler d'un dépotoir).  Les arbres du parc sont jeunes et "freluquets" parce que le parc vient tout juste d'y être aménagé dans le cadre des travaux de lutte contre le chômage.  On vient également d'y construire un chalet tout neuf, dans le cadre des mêmes travaux

École supérieure Saint-Stanislas plateau123_11 corr

carte postale de la collection Christian Paquin    (cliquez sur les photos)

Une autre photographie du parc Laurier, 80 ans plus tard.  Les arbres ne sont plus maigrichons; au contraire.

parc Laurier wiki 800px-Allee_Parc_Laurier

photo de Stéphane Batigne

La carte postale nous montre aussi autre chose.  On y voit l'église de l'Immaculée-Conception au loin, et Saint-Stanislas-de-Kostka juste derrière.  On effectue des travaux sur un des magnifiques clochers de cuivre de l'église (oeuvre de la famille des couvreurs Lefrançois, de la rue Chambord).  Construite en 1911-12 selon les plans de l'architecte Alphonse Venne (qui participa aussi aux plans de l'école), elle fut endommagée par un incendie et en grande partie reconstruite en 1917-18.

Autre fait inusité, on aperçoit au centre de la photo, au loin, l'immense réservoir de gaz de la compagnie de gaz naturel du Québec qui fera partie du panorama montréalais pendant plusieurs décennies.  Il sera plus tard peint en quadrillé rouge et blanc.  La photo suivante montre l'emplacement de ce grand réservoir de gaz.  Il était situé Frontenac et Sainte-Catherine; tout juste à côté du terminus Frontenac.

 

Terminus Frontenac Gaz Métro coll Jean Bureau _LO_edited

collection Jean Bureau (les Amis des tramways)

Une autre page de l'histoire du "nord" du Plateau.

 

 

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01 août 2012

Une histoire un peu triste; mais en même temps, une belle histoire

Vous avez peut-être lu la page présentant l'arrivée des supermarchés Steinberg's dans le quartier.  La nouvelle était présentée comme une belle innovation et comme une "évolution créative" de la façon de faire du commerce.  Cette perception enthousiaste cache toutefois une autre réalité, celle des petits commerces qui ont été directement affectés par cette "invasion".

À Montréal, encore dans les années cinquante, on retrouve des petites épiceries presqu'à chaque coin de rue.  C'est la plupart du temps une entreprise familiale, installée de longue date, et "servant" une clientèle très fidèle.  D'ailleurs, les ménagères avaient toutes leurs croyances à l'égard de "l'autre" boucher, qui servait parfois de la viande comme çi, avec aussi des coupes comme ça...etc.  Untel lui donnait toujours un beau morceau de ça, etc.   Autrement dit, c'est souvent une histoire d'amour, à la vie, à la mort.  Ça, c'était dans "l'ancien temps"; avant les Steinberg's, autres Provigo et Loblaw's.

À la suite de la lecture de la page "Steinberg's sur le Plateau", un lecteur du blog, Monsieur Jules St-Germain, m'a communiqué une anecdote (mais c'est plutôt d'une véritable histoire qu'il s'agit). 

Sa famille opérait, au nom de Roch St-Germain, une petite épicerie au 4616 Avenue De Lorimier.  Un petit commerce de bout de rue, exactement comme on le mentionnait plus haut.

Épicerie R St-Germainphoto de Jules St-Germain

Cette photo nous montre Madame "Roch" St-Germain (Madame Aline Hébert, de son vrai nom) devant  la vitrine de la petite épicerie.  La date ne m'a pas été communiquée mais on me dit que l'épicerie fut vendue en 1955 et qu'elle ne demeurera en opération que quelques autres années.  Malgré tout, le bâtiment existe toujours, mais la vitrine en baie est disparue et c'est un logement qui occupe maintenant les lieux.  Aucune trace de cette "petite" histoire ne persiste aujourd'hui; sauf bien sûr pour les gens qui l'ont vécue.

En fait la famille St-Germain habite à l'arrière de l'épicerie, comme c'était le cas, la plupart du temps, des familles opérant ces petits commerces.  Tout le monde est heureux parce que c'est comme ça que ça marche.  D'ailleurs, Monsieur St-Germain, dans un de ses messages dit : "c'est là que j'ai passé les plus belles années de mon enfance".  Je n'ai pas de misère à le croire parce que c'est pareil dans mon cas.  Le monde se résumait à peu, mais ce peu était d'une grande richesse, et porteur d'apprentissages et de souvenirs impérissables.

Mais où  est-elle l'histoire?

Justement, la venue, en 1949, de ce nouveau Steinberg's au coin de Bordeaux, mettait à mal les ventes de la petite épicerie (cela contredit mon histoire d'amour et de fidélité de la clientèle de tantôt; mais faut croire que tout finit par changer).  Pour survivre plus convenablement, Monsieur St-Germain eut l'idée de vendre de la bière.  En ce temps là, c'est toute une épopée que de décider de vendre de la bière et il faut beaucoup d'autorisations.  Des autorisations qui montrent bien les jeux de pouvoir (et certaines inégalités) qui ont cours à cette époque.  Jules St-Germain nous raconte succinctement cette histoire :

Bien que la Taverne Laperrière, angle Mont-Royal et Delormier faisait de bonnes affaires, pour qu’une petite épicerie puisse vendre et livrer de la bière, il était préférable de passer par le député (Union Nationale) qui a répondu à mon père que si le curé était d’accord, il l’appuierait pour l’obtention du permis de la Commission des Liqueurs.  Le curé Labelle de Saint-Pierre-Claver, a répondu ce que vous savez. "Jamais on ne vendra de bière dans ma paroisse" .

Dans les années 50 et 60 les petites épiceries de quartier étaient une des seules sources d’approvisionnement et elles avaient toutes une boucherie.  Dans la rue Laurier par exemple, entre de Lorimier et Papineau on pouvait en compter quatre sans compter la Fruiterie chez Roger.  Dans ce temps là, ces épiceries approvisionnaient aussi les travailleurs de la Cadbury, ensuite les gens qui sont venus du Faubourg à la Mélasse, délogés par la construction de la Maison de Radio-Canada.

 J’ai habité le Plateau de 1950 jusqu’en 1974.  J’ai fréquenté l’École St-Pierre-Claver et l’École secondaire St-Stanislas.  Je pourrais en dire beaucoup sur le Plateau, surtout de mon quartier.

 Jules St-Germain

 P.S. Saviez-vous que la partie Nord-Est de Papineau et du Boulevard St-Joseph était considérée comme faisant partie du quartier Rosemont ?

La suite de l'histoire est triste, mais c'est aussi ça la vie.

Monsieur Roch St-Germain ne se remettra pas de ce refus et de voir péricliter son commerce.  Il décédera en 1951.  Sa femme conservera malgré tout le commerce jusqu'en 1955.

Une autre page de la petite histoire, se tourne sur le Plateau Mont-Royal.

Jules St-Germain m'a fait parvenir cette autre note qui nous raconte un peu du quotidien du quartier.

Voici un complément d’information.  En entrant dans l’épicerie, il y avait deux portes, celle de droite donnait accès à ce que nous appelions le restaurant; on y vendait des boissons gazeuses, des croustilles Laurentides, tabac, crème glacée, bonbons, etc.  Juste en face, il y avait une école de filles anglophones (École St-Dominique) où une de mes sœurs allait à l’heure du midi pour y vendre des articles. 

Saviez-vous qu’à l’angle de De Lorimier, rue Guilford, il y avait une église pour les Irlandais.  Les pères Irlandais y avaient aussi aménagé deux courts de tennis, là où maintenant il y a les jardins communautaires.  C’est à la rue Guilford où le matin je courrais pour monter à bord de la voiture, tirée par un cheval, de la Laiterie Poupart.

Pour revoir la page de Steinberg's http://histoireplateau.canalblog.com/archives/2011/12/20/23006495.html

Je voudrais remercier Monsieur Jules St-Germain pour son témoignage et surtout pour avoir pris la peine de le raconter et de permettre qu'il soit publié.  Une photo du 4616 Avenue De Lorimier suivra bientôt

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