Déneigement sur le Plateau
Avec toute cette belle neige qui vient de nous tomber dessus, les journaux et les actualités télévisées vont sans doute repartir de plus belle avec la question de la qualité et de la vitesse du déneigement sur le Plateau. J'ai des p'tites nouvelles pour eux autres. Ça déjà été pas mal moins vite qu'aujourd'hui!
En se demandant comment ça se passait dans l'temps et en retrouvant certaines photos, on découvre que c'était pas mal différent et on découvre aussi la preuve irréfutable qu'il y avait beaucoup moins de voitures dans ce temps là (forcémment). Imaginez vous donc s'il fallait déneiger le quartier avec ce genre d'équipement.
Les photos proviennent de Archives de la Ville de Montréal. Cliquez pour les agrandir.
Nous avons connu les Citroen 2cv et voici maintenant le chasse-neige 2cv.
Ou bien il tombait moins de neige (ce dont je doute; c'était même plutôt le contraire); ou bien on étaient plus patients pour attendre la fin du déblaiement. Cette patience est disparue je pense! Elle aura probablement été emportée dans un quelconque chargement de neige.
Mais comme on n'arrête pas le progres, les chevaux ont dû, à leur tour, céder leur place à la motorisation.
Vous avouerez que c'est toujours un peu rudimentaire; mais je vous ferai remarquer que notre société a quand même survécue jusqu'à ce jour. Je dirais même plus que, pour ce qui est de la neige, on craint plus le cataclysme de nos jours que dans ce temps là. Il faut que la neige disparaisse aussitôt tombée! Nous ne tolérerons aucune trace blanche au sol; il faut l'enlever vite ou nous la salirons avec nos voitures et ça fera un moins bel effet. On parle ici de déblaiement; alors qu'en est-il du chargement de la neige?
Cette photo provient du Musée McCord
Que faisait-on avec la neige en ce bon vieux temps de jadis? On ne parle plus de chargement de la neige seulement apres 15 cm de chute; ou seulement durant la semaine. On parle d'une fois par année...au printemps. Y a pas à dire, quand on regarde nos équipes de déneigement aujourd'hui, on peut dire qu'on n'arrête pas le progres. Vous imaginez-vous déneiger la ville avec des tombereaux et des chevaux; armés de pics et de pelles.
Et pourquoi assurer un si efficace déneigement? pour pouvoir stationner nos sleighs, nos caleches, et nos 2 cv tout le long de nos trottoirs.
Un château sur le Plateau
Pouvez-vous imaginer pareil château dans le Plateau Mont-Royal?
Avez-vous une petite idée ou il pouvait bien se retrouver? Je vous le donne en mille. (cliquer sur les photos pour les agrandir)
Peut-être avec cet autre indice,...un détail de la photo précédente montrant le rez-de-chaussée?
On peut alors voir qu'il s'agit du cabinet professionnel et de la résidence de la famille du dentiste Ad. L'Archevêque. Cet édifice absolument époustouflant, était situé angle Christophe-Colomb et Rachel (ou parc La Fontaine si vous préférez). L'immeuble est imposant et on peut l'apercevoir sur certains clichés présentant des silhouettes du panorama du parc La Fontaine. La photographie a été fournie par Monsieur Gaétan Sauriol (un membre de la Société d'histoire et de généalogie du Plateau Mont-Royal), dont la famille était apparentée à la famille L'Archevêque.
On constate immédiatement que cette architecture se démarque des autres immeubles du quartier. L'architecte a bien sûr voulu tirer profit du fait que la façade ouest est tres visible depuis l'axe de la rue Rachel; que l'immeuble profite des généreuses perspectives et dégagements offerts par les dimensions de ce carrefour inhabituel; et que finalement, le vis-à-vis avec la qualité exceptionnelle de l'espace vert offert par le parc de l'autre côté de la rue, afin de produire une architecture qui se démarque.
La présence du cabinet de dentiste, tres fortement exprimée au rez-de-chaussée, ne jure pas du tout avec la facture générale du bâtiment et permet même de mettre en vedette les niveaux supérieurs logeant la résidence.
On remarquera surtout l'escalier monumental, la tourelle d'angle avec ses petites colonettes de granit, le balcon supérieur central formant loggia pour l'entrée principale, et bien sûr l'ouvrage tres élaboré de la tôlerie formant corniches et parapets au toit. Un oriel, sur la façade Christophe-Colomb, apporte une certaine fantaisie et donne un certain caractere à cette face autrement beaucoup plus sobre. Le balcon familial, plus privé, situé à l'étage à la droite de la façade, est quant à lui constitué de menuiseries tres finement ouvragées. C'est un véritable château!
ALORS??
voici le traitement que l'on réservait aux châteaux qui gênaient le développement immobilier au tournant des années 1960. Peut-on imaginer pareil carnage?
cette photo est de Alfred Bohns (sur son site sur Flickr; album Montréal).
Ici on voit l'immeuble qui a remplacé notre chateau. C'est beau, Hein?
Sur la photo suivante, on voit le mur latéral de la caserne 16, à l'angle de Rachel et Christophe-Colomb. La ville change souvent à notre insu. Ce fameux zonage "New-Yorkais" des années 1960, n'a heureusement pas fait long feu. Il aura néanmoins fait quelques dégats en chemin.
Steinberg's dans le Plateau
Voici un autre sujet à se "péter" les bretelles (vous le savez; j'aime ça de temps en temps!). De quoi s'agit-il? D'une autre grande invention qui a vu le jour dans notre quartier; le supermarché moderne.
L'empire Steinberg's, qui inventera le concept et donnera ses lettres de noblesse à l'expression "faire son Steinberg", a pris naissance sur le boulevard Saint-Laurent pres de l'Avenue du Mont-Royal. C'est là que la mère, Ida Roth, a ouvert sa première épicerie, aidée par ses fils. Par la suite, le premier concept de "supermarché" moderne, a vu le jour avenue du Parc; une invention de Sam Steinberg.
Le Jean Coutu angle Bordeaux est un ancien supermarché Steinberg's. L'édifice de Guérin, rue Saint-Denis également. Plusieurs autres aussi. Saviez-vous tout ça?
cliquez sur les images
On dit toujours que la communauté juive montréalaise a son origine plus au centre-ville. L'histoire (trop méconnue) de cette communauté a toutefois des racines importantes et tres significatives dans le Plateau Mont-Royal. Ça aussi, il faudrait en parler. Ça viendra!
Pour ce qui est de Steinberg's, je suis à préparer un dossier sur ce sujet fascinant (et tout aussi historique).
À suivre!
La parade du Père Noël 1946
À l'approche des fêtes et de la traditionnelle parade du Père Noël j'ai pensé que cette image pouvait réveiller, chez les plus vieux, des souvenirs de jeunesse.
Lorsque j'ai trouvé cette photo, je n'ai pu m'enpêcher de sourire à la vue de toute cette bonhomie de l'année 1946. C'est platte, j'aurai manqué cette belle parade du Père Noël que de quelques mois; puisque ma mère m'espérait pour février 47. Ça ne fait rien! Je me reprendrai plus tard, car les parades du Père Noël furent sacrées, pendant plusieurs années de ma tendre jeunesse. Je n'en reviens pas avec quelle patience on pouvait attendre le "char" du Pere Noel et dans quel état on pouvait être, lorsqu'on le voyait arriver. Dans nos vies d'enfants, la parade de novembre était l'événement "social"de l'année.
Des fois, je trouve bien triste que les enfants d'aujourd'hui semblent avoir perdu cette fascination et cette naiveté que nous avions à cette époque. Ça ici, c'est de la nostalgie! Il paraît que ce n'est pas bon de trop en avoir; mais finalement, je pense que ce n'est pas trop grave.
cliquez sur la photo pour l'agrandir
Cette section de la parade, ouverte par une bande de joyeuses petites hollandaises (toutes droites sorties de l'image de la boîte de poudre à récurer "Old Dutch"), nous montre les amis Donald le canard, Bugs Bunny, suivis par d'autres personnages de dessins animés qui se retrouvaient au cinéma bien sûr, ou dans les "comic books". La foule est dense et semble bien s'amuser. C'est comique de voir l'accoutrement des enfants; j'aurai les mêmes habits quelques années plus tard.
Les filles ont un petit manteau de drap avec collet de fausse fourrure (souvent très très faux; surtout après le passage à la troisième petite soeur) avec un petit chapeau rond fort coquet; pendant que les garçons, eux, sont attifés d'une espèce d'habit d'aviateur une pièce, avec casque "assorti". Toutefois, quel que soit l'habillement, ils semblent très enthousiastes à saluer les "p'tites" hollandaises. Même le policier a son gros manteau long et son képi officiel. Aujourd'hui, la police aurait son coupe-vent de nylon et son gilet pare-balle (de neige). Cliquez sur la photo.
Pour ceux et celles qui n'auraient pas encore reconnu l'endroit, nous nous trouvons angle Mont-Royal et Avenue du parc. La parade emprunte le côté de la rue afin de ne pas interrompre le service de tramway. Je ne sais pas s'il s'agit de la parade du magasin Eaton ou d'une autre. Mon souvenir était que "LA" parade partait des entrepôts Eaton (angle Mont-Royal et Messier) et empruntait le boulevard Saint-joseph vers l'Ouest (probablement jusqu'à Parc) pour se diriger vers le magasin rue Sainte-Catherine. Le boulevard Saint-Joseph était bondé de familles nombreuses qui formaient une foule aussi dense et joyeuse qu'à la parade de la Saint-Jean-Baptiste à l'été.
Vous remarquerez les immenses panneaux réclames qui coiffent les immeubles. Il en reste aujourd'hui quelques-uns sur l'avenue du Parc, mais vous admettrez que l'ensemble est assez impressionnant. Qui se souvient du KIK Cola avec son goût si particulier? Qui se souvient du journal "Le Canada"; qu'il faut ..."lire tous les jours".
Il ne faut pas oublier les nombreux "chars" et surtout les fanfares officielles de toutes les écoles, paroisses, patros, imaginables. C'était le plus beau samedi matin.
En attendant la parade 2011; sourions à celle de 1946. Il y a 65 ans.
La "Main" sera toujours la "Main"
Au tour de Mordecai, avec un autre extrait de ses écrits :
Tiré de Il était une fois la Main, rude pays des merveilles, Maclean’s 27 août 1960
« La Main me manquera amèrement, à moi. Non pas que j’attache une valeur sentimentale à la pauvreté. Ne vous méprenez pas : ce n’était pas drôle d’être sans le sou et cela ne le sera jamais, Si je chéris certains souvenirs de la Main(que je préfère à biens des rues plus inoffensives de la classe moyenne), je n’ai pas oublié les enfants rachitiques et les hommes sur les piquets de grève qui frappaient dans leurs mains pour les réchauffer durant les glaciales nuits d’hiver. Le bon vieux temps, ce n’est surement pas ça. Je ne voudrais pas non plus, c’est certain, redevenir un enfant de la Main, mais j’en garde aujourd’hui de précieux souvenirs, car ce fut malgré tout le rude pays des merveilles de mon enfance. Un grand nombre des boutiques et des édifices qui s’y trouvent peuvent paraître anonymes ou horribles aux yeux de certains. Pour moi, ils garderont une signification particulière.»
Photo des archives de la STM boulevard Saint-Laurent au nord de Saint-Cuthbert 1952 / cliquer pour agrandir
Cette série de publications de textes de Richler, a donné lieu à quelques commentaires critiques à l'égard du personnage. Quant à moi, je le connais peu; je ne l'ai pas "fréquenté", et somme toute je m'en fiche un peu. La lecture de cet extrait me touche malgré tout beaucoup. Il nous indique comment un lieu urbain peut, en même temps, être chargé de souvenirs négatifs tres lourds; et quand même conserver une force évocatrice fantastique. Cela montre comment un lieu peut ancrer des souvenirs dans l'esprit de gens qui l'ont cotoyé et qui l'ont habité. Personnellement, je partage tout à fait ce genre d'émotions à l'égard de mon propre environnement. Le Plateau; la rue Mont-Royal; la rue Christophe-Colomb; ont forgé mon imaginaire et ma réalité. Je suis tellement attaché à ce milieu; que toute tentative de l'altérer me touche comme si on tentait de m'altérer moi-même. C'est pas drôle, hein! Je regarde cette photo, et je me dis qu'au moment où toute cette activité se déroule rue Saint-Laurent, j'ai cinq ans, juste un peu plus loin dans le quartier; en me promenant sur mon vieux tricycle usagé (que j'adorais pareil), c'était un CCM et c'était mon bolide! J'en ai promené des amis, debout sur la palette en arriere et les deux mains sur mes épaules. On en faisait des "rides" autour du bloc.
Mais revenons à notre extrait de l'écriture de Richler.
Dans les années 60, l’activité commerciale de la communauté juive est encore omniprésente sur le boulevard Saint-Laurent. Pour eux, c’est la Main. On y retrouve plusieurs manufactures de confection, des commerces plus domestiques et surtout, beaucoup de restaurants. On distingue sur la photo (agrandie) la réclame de Moishe’s qui a toujours « pignon sur rue » près de Duluth. Richler nous indique que la génération montante s’est déjà déplacée plus au nord dans le Mile-End; mais que beaucoup de vieux pionniers demeurent fidèles à la Main.
Samarcette, le Palace et le Village de DeLorimier
Dans la poursuite de mes petites publications d'extraits des romans de Tremblay et de Richler, je vous propose cette fois un extrait qui nous ramene sur la "rue" Mont-Royal d'une autre époque.
MICHEL TREMBLAY
Tiré de La duchesse et le roturier
1982
« Au Palace, sur la rue Mont-Royal au coin de Parthenais, où Samarcette finissait ses soirées, donnant des spectacles jusqu’à la fermeture quand l’assistance était suffisante, c’était encore pire : on le recevait avec hostilité, on le traitait de tous les noms, on lui lançait de grosses allumettes de bois ou des dix cennes pour qu’il s’enfarge sur la minuscule scène de laquelle il était d’ailleurs tombé d’innombrables fois (ses seuls triomphes) et qu’il abhorrait par-dessus tout.
Au Palace, à la porte, sous celui de Mercedes qu’il suivait partout comme un petit chien, il avait son portrait jauni et racorni sous lequel on pouvait encore lire : Serge Morissette, acrobate. »
photo ville de Montréal 1986 SIMPA
Ce « club »; ce fameux « Palace » des livres de Tremblay, est bien situé à l’endroit mentionné par Tremblay, au 2200 avenue Mont-Royal. Construit vers 1905, L’Hôtel De Lorimier connaît ses jours de gloire au début du XXème siècle. C’est un lieu très respectable logeant entre autres, dans ses 25 chambres, des voyageurs de commerces faisant affaires sur la rue Mont-Royal. En 1932, il devient le « Palace Hotel ». L’histoire ne dit pas quand il devint ce fameux bar « Le Palais du Country », avec une maison de chambres aux étages. Heureusement, une rénovation judicieuse lui a récemment redonné tout son lustre d’antan.
La photo suivante nous le montre dans toute sa splendeur, au moment de sa construction
En attendant, voici une photo de la situation actuelle montrant le même bâtiment
un petit bonheur pour même pas cinq sous!
En regardant des photos anciennes du parc La Fontaine avec mes petits enfants, nous sommes tous tombés d'accord sur le fait que la porte du "château enchanté" était vraiment une très belle photo. Comme j'ai vu construire le Jardin des Merveilles (je finissais alors mon cours primaire à l'école De Lanaudière), je savais qu'il s'était implanté au milieu du parc et qu'il avait intégré dans son décor, les arbres existants dans le parc à ce moment.
En examinant la photographie, je me suis dit que le grand arbre que l'on voit à droite de la photo avait sûrement été conservé et que ce serait drôle de le retracer. Voilà donc une "chasse à l'arbre" qui est proposée (et acceptée) sur le champ; ce qui offre un excellent prétexte pour une petite ballade à vélo, dans le parc, juste avant le souper.
Photo Ville de Montréal (cliquez sur les photos pour les agrandir)
En consultant le dépliant présentant l'aménagement du petit zoo; on peut localiser approximativement la position de cette arche; à mi-chemin entre la rue Rachel et le vestige de la petite maison faisant office d'entrée et de billetterie.
Avec ces "renseignements secrets", on se rends donc au parc ou j'explique aux enfants que l'on cherche un très grand et vieil arbre, dans tel secteur; avec la caractéristique que son tronc principal est double. On regarde la photo attentivement et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, on l'aperçoit devant nous. Il n'a pas grandi énormément et il a conservé toutes ses caractéristiques que l'on voit dans la photo ancienne. Les vieux arbres...ça ne grandit plus; ça vieillit, tout simplement.
Vous pouvez juger par vous-mêmes de notre découverte, avec la photo récente.
La porte du château est disparue, mais l'arbre est toujours là. Le parc a repris ses activités. Le Jardin des merveilles a disparu. Il n'en reste que des souvenirs. Par contre, pour mes petits-enfants et moi, cette chasse à l'arbre a été l'occasion d'un petit bonheur, court, très sympathique et pas très cher.
Merci au parc La Fontaine.
Pour les nostalgiques, ou les curieux, ou les historiens dans l'âme; je vous invite à prendre un petit 6 minutes de votre temps pour visionner un magnifique petit documentaire de l'ONF sur la parc La Fontaine. Vous y verrez plein de choses qui sont disparues de l'existence du parc et de notre vue. Vous pourrez vous trempez dans cette belle page d'histoire du Plateau.
http://www.onf.ca/film/Au_Parc_Lafontaine
Les filles du Mile-End!
Dans ce troisième volet du survol de certains textes de deux grands écrivains du Plateau, nous lisons cette fois Mordecai Richler; qui ma foi, résume bien les affres de l'adolescence chez les garçons (peu importe leurs origines)
MORDECAI RICHLER
Tiré de Rue Saint-Urbain
1969 page 128
« Le samedi soir, nous nous assoyions sur les marches et regardions, l’œil triste, les filles sortir d’un pas léger, en robes de soirée, et aller, infailliblement, prendre place dans la voiture d’un étranger. Elles se fondaient dans le lointain de la nuit sans même nous avoir adressé un petit salut de la main. Il était devenu évident qu’une double attraction du Rialto et, après le cinéma, un sandwich aux tomates avec Coke ne constituaient plus pour elles, une soirée à la hauteur de leur pouvoir de séduction ».
Photographe inconnu; tiré du site des Productions Théâtre Rialto Inc.
Mordecai Richler mentionne très fréquemment dans ses romans, le rôle joué par cet endroit unique dans la vie des jeunes du quartier. Ici, il sert de prétexte à la première désillusion au détour de l’adolescence. Entre « facebook » et la sandwich aux tomates …que de chemin parcouru. D’ailleurs, dans ces années là à Montréal, l’Avenue du Parc n’existait pas. C’était pour tout le monde « Park Avenue ». Le Rialto, œuvre de l’architecte Raoul Gariepy en 1923, ce petit «Opéra de Paris» de l’Avenue du Parc possède une salle de bal à l’étage et un jardin-terrasse au toit. On ne se prive de rien. Sur notre photo, on annonce le film »the Indian fighter», avec Kirk Douglas; nous sommes en 1955. Depuis ce temps, tout comme les adolescents du roman, le Rialto a lui aussi connu plusieurs déboires et il a survécu à diverses tentatives de transformation; Il fut cité comme monument historique par la Ville en1988; et classé par Québec, en 1990.
Ty-coq BBQ
Voici le deuxieme extrait de la série "Lire Montréal" préparée pour la bibliotheque du Plateau Momt-Royal. Ici, Tremblay nous amene au Ty-Coq BBQ pres de la rue Cartier.
MICHEL TREMBLAY
Tiré de Douze coups de théâtre
1992
"Deux ans plus tôt, ma cousine Hélène, la fille de ma tante Robertine, qui travaillait au Ty-Coq Barbecue juste à côté de chez nous sur la rue Mont-Royal, entre Cartier et Chabot, nous avait appris que les propriétaires du restaurant cherchaient un jeune garçon fiable qui pourrait, après l’école, entre cinq heures et sept heures, livrer à pied des commandes dans le quadrilatère qui comprenait les rues Frontenac à Amherst et Rachel à Saint-Grégoire. Je m’étais aussitôt porté volontaire, attiré par les quinze sous par commande livrée qu’on promettait, sans compter les pourboires! Ma mère avait évidemment poussé les hauts cris :
" Douze ans! Y’a douze ans pis y veut aller se promener à travers les rues de la ville de Montréal pour délivrer des cuisses de poulet à des guidounes pis des lutteurs! »
La petite rôtisserie de la rue Mont-Royal fut très populaire pendant de nombreuses années. Le fait que Roger Baulu, animateur vedette adulé du public en était copropriétaire et principal porte-parole, ne doit pas y être étranger. Sur cette photo qui date de 1986, on voit le commerce, à droite, et le logement au-dessus de la pharmacie, occupé par la famille de Michel Tremblay. Les remarques de Réhauna Tremblay nous indiquent bien que le Plateau n’est pas encore le quartier « Hip » que l’on connaît maintenant. Il est composé par « toutes sortes de monde » …comme encore aujourd’hui !
La grosse femme d'à côté est enceinte.
Dans le cadre de l'événement LIRE MONTRÉAL j'ai produit, pour la bibliothèque du Plateau Mont-Royal, une série de dix fiches présentant des extraits d'oeuvres de deux auteurs célèbres du Plateau; Michel Tremblay et Mordecai Richler.
Deux solitudes dans un même quartier; chacun présente à sa façon, les péripéties de ses "congénères" dans un milieu que nous connaissons tous.
Comme premiere fiche, un extrait du roman "la grosse femme d'à côté est enceinte". la fiche présente l'extrait du livre, présente une photo qui y a trait et une vignette historique.
MICHEL TREMBLAY
Tiré de La grosse femme d’à côté est enceinte
1978
« Mercedes avait rencontré Béatrice dans le tramway 52 qui partait du petit terminus au coin de Mont-Royal et Fullum pour descendre jusqu’à Atwater et Sainte-Catherine, en passant par la rue Saint-Laurent. C’était la plus longue ride en ville et les ménagères du Plateau Mont-Royal en profitaient largement… Tant que le tramway longeait la rue Mont-Royal, elles étaient chez elles. Mais quand le tramway tournait la rue Saint-Laurent vers le sud, elles se calmaient d’un coup et se renfonçaient dans leur banc de paille tressée : toutes, sans exception, elles devaient de l’argent aux Juifs de la rue Saint-Laurent »
Le petit terminus dont parle Tremblay est tout de même passablement grand. Il existe toujours rue Mont-Royal et c’est même là, que le tout dernier tramway de Montréal fut remisé en 1959. Chez Tremblay (comme chez les vieux résidants du Plateau d’ailleurs), il n’y a ni « Boulevard » ni « Avenue »; c’est simplement la RUE Saint-Laurent et la RUE Mont-Royal. Notre vieux tramway, servant de salon diplomatique, montre bien la relation historique liant les « juifs » et les « canadiens-français » du Plateau. Même histoire populaire avec Tremblay qu’avec Richler.
























