12 juillet 2008
Incendie «rue» Mont-Royal
Pour les gens qui dégustent aujourd’hui leur café au Second Cup, coin Mont-Royal et Marquette; ils peuvent se dire (ou s’imaginer) qu’ils se trouvent au beau milieu de ce qui était jadis … un magasin de lingerie fine pour dames : le commerce de Mlle Bégin. Ainsi, le grand type attablé au fond et qui se commande un café «bien corsé», ne sait peut-être pas qu'il est installé au beau milieu de ce qui était le rayon des corsets à baleines. C'est ça l'évolution d'une rue commerciale; il y a des petites cachotteries comme ça.
Toutefois, au moment où fut prise cette photo, le 2 mars 1960, Mademoiselle Bégin a bien sûr d’autres préoccupations en tête; même chose pour les gens de la bijouterie J. Omer Roy, qui sont, tout comme les nombreux commerces aux alentours, voisins d’un violent incendie qui fait rage depuis le milieu de la matinée.
la photo provient des archives du musée des pompiers de la Ville de Montréal (cliquez dessus pour l'agrandir)
Le feu s’est déclaré à la chapellerie Charlebois, sise au 1660 Mont-Royal est. Le vent d’ouest pousse le feu vers Papineau et embrase plusieurs édifices. Cela rend la situation difficile pour les pompiers qui, dans cette alerte générale, combattent sur plusieurs fronts. L’ampleur de l’incendie se traduit finalement par l’écroulement d’une structure, qui emporte avec elle, les vies de cinq pompiers. C’est la pire tragédie de toute l’histoire du service des incendies de la Ville de Montréal.
Ces pompiers sont : Marius Létourneau, Erban Soucy et Eusèbe Loiseau, de la caserne 5; ainsi que Lionel Gariépy et Henri Robicheaud, de la caserne 19. Nous saluons ici leur courage et leur sens du devoir.
Aujourd'hui, l'emplacement est occupé par un supermarché. Une autre page d’histoire de l’avenue (pas la rue!) du Mont-Royal … il y a près d’un demi siècle!
29 juin 2008
La paroisse Saint-Jean-Baptiste de Montréal
Voici, pour le bénéfice des curieux et autres érudits férus d'histoire et avides de détails; un petit résumé de lecture d'une monographie rédigée en 1924 concernant l'histoire de la paroisse Saint-Jean-Baptiste.
Sa rédaction fut l'occasion de mentionner certains détails spécifiques au plus large quartier (détails souvent ignorés aujourd'hui) et plus frais à la mémoire des gens de 1924. C'est aussi l'intérêt de cette monographie. Je tenterai plus tard d'y ajouter quelques photos historiques des églises successives.
Bonne lecture
photo Gabriel Deschambault
SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL
Monographie paroissiale 1874 - 1924
Par L’abbé Elie-J. Auclair / Québec 1924
.
Le 28 juin 1874, la première église est ouverte au culte (4000 âmes), elle sera incendiée en 1898.
La paroisse compte de 15 000 à 16000 âmes en 1924 ; les anglophones appartiennent à l’église Sainte-Agnès (Saint-Jude) qui sera longtemps logée à même l’église SJB.
En 1924, la paroisse se limite de Christophe-Colomb à avenue du Parc, et de Mont-Royal à Duluth.
Saint-Enfant-Jésus est la paroisse mère de toutes les paroisses du nord. Son nom canonique était Saint-Enfant-Jésus-du-Coteau Saint-Louis.
Jusqu’en 1866, il n’existe qu’une seule paroisse à Montréal ; Notre-Dame. Le volume nous indique qu’en 1848 se crée une «désserte» de Notre-Dame, qui deviendra plus tard la paroisse de SEJME; pendant que se préparent Saint-Jacques et Saint-Patrice. En 1849 une chapelle est construite et une église SEJME (succursale de Notre-Dame) sera construite en 1857-58. En 1867, la paroisse est érigée canoniquement.
À cette époque, on parle de deux «installations» au nord. Coteau Saint-Louis et Pierreville. On réfère au champ de course qui est situé à un mille des limites nord de la ville de Montréal. Coteau deviendra la paroisse Saint-Denis plus tard.
Le Lovell de 1872 (cité par Auclair) mentionne 5000 habitants au village Saint-Jean-Baptiste, 4000 à Coteau Saint-Louis. À Saint-Jean-Baptiste, on commence à penser à une église.
En juin 1872, 4 grands propriétaires du village ; Ferdinand David, Sévère Rivard, Michel Laurent, Gustave-Adolphe Drolet, font don à Mgr Bourget, de 20 emplacements de 15 x 200 pieds, entre les rue Drolet et Henri-Julien. (l’histoire du développement du quartier nous souligne que ce don visait avant tout à faire mousser le développement immobilier résidentiel qui ne manquerait de se produire autour d’une grande et magnifique église). En 1877 la fabrique de la paroisse sera constituée.
En 1872 les travaux débutent mais sont interrompus. En 1873, une pétition des donateurs (ainsi que du maire Villeneuve) insiste auprès de Mgr Bourget, pour que les travaux se poursuivent. En 1881-82, l’église sera terminée, mais est déjà ouverte au culte depuis 1874 (crypte). Les plans sont de l’architecte Alphonse Raza.
La première église / oeuvre de l'architecte Aphonse Raza
L’auteur nous mentionne l’existence de «tensions» entre Bourget et les Sulpiciens. En 1873 l’église Saint-Jacques est autonome et en 1875 SJB est érigée canoniquement. Mgr Bouget aura ouvert 75 paroisses durant son mandat.
L’auteur mentionne plus loin …« à la suite de la fièvre de spéculation et de constructions de 1873-74, Montréal se retrouve avec une crise importante dans les affaires». La paroisse a alors une dette de 60 000$ et il n’y a pas de «répartition» d’organisée.
Un nouveau curé arrive en 1878, le curé Dozois ; il ne peut faire accepter la répartition chez les paroissiens et permettre de finir l’église. Il quittera en 1880 (j’imagine que les généreux «donateurs» ont dû se plaindre de son infortune ?).
En 1880, c’est l’arrivée du curé Auclair et c’est le début des heures de gloire de la paroisse. Toutefois, le curé doit faire face à une dette de 64 000$ et toujours pas de répartition d’organisée. Les revenus de la paroisse ne suffisent même pas à payer les intérêts de la dette. Tout ce beau monde va finir par s’entendre sur le scénario suivant : l’évéché va payer la moitié de la dette, soit 32 000$, la fabrique 16 000$ et 16 000$ sera payé avec une répartition mise en place en 1881. Les architectes qui terminent les travaux sont Perreault et Mesnard et l’histoire ne dit pas ce qu’il advint de l’architecte Raza.
Le curé Auclair sera reconnu pour ses initiatives et ses nombreuses constructions civiques, d’écoles, d’académies, d’hospice. Il participera activement à la mise en place d’un noyau civique solide qui fera honneur à la ville de SJB. À cette époque, il n’existe qu’une «école de village» pour garçons, qui est située sur Saint-Hyppolite (future rue Coloniale).
En 1887, Mgr Fabre demande à la paroisse de construire une chapelle pour les congrégationnistes. C’est l’architecte Victor Roy (église Saint-Louis-de-France) associé avec un M. Poitras. Les plans seront tracés par Casimir Saint-Jean, alors stagiaire chez Roy.
De 1894 à 1898, la sacristie servira de berceau à la paroisse Sainte-Agnès.
Dans le quartier, cela évolue et en 1875 un terrain est donné par M. Lyonnais (angle Rachel et Papineau) pour la construction d’une église. Ce sont les Jésuites qui se voient confier cette paroisse en 1884. L’église actuelle sera construite en 1896. Le territoire original de SJB se verra retranché du secteur Christophe-Colomb à Papineau, au profit de la nouvelle paroisse (effets sur la dîme ??). Les Pères du Saint-Sacrement vont aussi arriver dans le décor en 1890 et leur église en 1894 (toutefois, ils ne formeront paroisse qu’en 1926).
Le curé Auclair fondera en 1892 l’Académie du Sacré-Cœur.
L’auteur nous parle de l’existence, en 1885, d’un hôpital Saint-Roch, situé à l’emplacement de l’actuel monument à Georges-Étienne-Cartier; hôpital qui servit lors de l'épidémie de choléra.
En 1893, le curé Auclair désire créé un hospice qui sera finalement ouvert le 24 oct 1896 et tenu par les Sœurs de la Providence (Mère Gamelin fondatrice). L’architecte sera Casimir Saint-Jean et le bâtiment sera (dit-on ?) le premier édifice à l’épreuve du feu à cause de l’utilisation du béton et de la maconnerie.
Le 29 janvier 1898, un grand incendie brûle l’église et le presbytère. Des travaux de réparations avaient eu lieu l’année précédente, par l’architecte Joseph Venne.
On organise un concours auprès des architectes catholiques de la ville pour la production des plans de la nouvelle église. C’est Émile Vanier qui remporte la palme. Le curé fait une souscription mais elle est insuffisante pour couvrir les frais, La fabrique réclame de Québec un «bill» permettant de faire un autre emprunt de 115 000$ à répartir. Le projet coûte plus cher que prévu et il manque encore 60 000$. Nouvelle demande pour emprunter, mais Mgr Bruchési dit : «seulement 30 000$». Il faut dire que le curé Auclair était fort habile avec les tombolas payantes (8 000- 10 000$ à chaque fois) mais Bruchési avait demandé que cette pratique cesse dans les fabriques de Montréal.
Le 24 juin 1903 la reconstruction est complétée et la nouvelle église peut accueillir 3 200 personnes assises. L’auteur nous souligne une anecdote à l’égard du grand banquet qui suivit ; ..«dans la grande salle du Montagnard près de Saint-Hubert et Duluth (les atlas anciens parlent d’un aréna ?) ; 3500 personnes y assistèrent.
la deuxième église avec son dôme qui dominait le panorama de tout le quartier / oeuvre de l'architecte Émile Vanier
En 1903, c’est la création de la paroisse Sainte-Agnès.
Le 24 nov. 1907 le curé Auclair fait un bilan devant Mgr Bruchési : Dans la paroisse, on retrouve 4325 familles, dont 14 000 communiants et 4500 non-communiants. 1144 élèves à l’académie des garçons, 330 élèves à Marie-Rose, 885 élèves à l’académie du Sacré-Cœur. L’hospice, qui est géré par 30 religieuses, accueille 51 garçons et 53 filles orphelins et orphelins, 15 hommes et 43 femmes agées. Il y a 1200 dames de Sainte-Anne, 800 enfants de Marie, 870 hommes congrégationnistes et 500 dames de la charité. En 1907, il s’était donné 175 000 communions, soit 14 583 / mois.
Le 18 décembre 1910, le curé Auclair devient paralysé. L’auteur dit qu’il a beaucoup travaillé et qu’il a dû traverser bien des problèmes, entre autres d’argent, et même des dettes difficiles, personnellement contractées. On parle même de procès difficiles (procès Dufort).
Le 27 juin 1911, la nouvelle église brûle à nouveau, deux jours à peine après l’inauguration des grandes orgues des frères Casavant. Cette tragédie abat encore plus l’ancien curé retiré depuis deux ans. Il en mourra en décembre suivant.
La situation financière de la fabrique est plutôt compromise.
En 1911, il y a à SJB 3840 familles francophones (13 600 communiants et 3200 non-communiants), 322 familles anglaises, 500 familles protestantes et 600 familles juives.
La troisième église sera l’œuvre de Casimir Saint-Jean (bien que d’importantes parties de la façade d’origine soient encore debout). Le 14 mars 1915, c’est l’inauguration. Elle sera complétée en septembre 1918.
En 1917 les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie s’occupent d’une école maternelle sur la rue Berri, l’école Lafontaine ; 600-700 enfants y sont inscrits.
Voilà pour ce court volet de l'histoire d'une des belles paroisses du Plateau.
Une dernière photo, prise lors de la messe anniversaire de Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin 2008; on voit une église remplie, ce qui n'est plus courant aujourd'hui!
photo de Kevin Cohalan
02 mai 2008
Ballade sur l'avenue du Mont-Royal
Cliquer sur l'image pour l'agrandir
- 1 / À la place du Pétro-Canada, on a longtemps retrouvé le terminus d'au moins sept lignes de tramways, lesquels relevaient de presque autant de compagnies de tramways. à sa fermeture, il devint le «club» Minuit qui fut très populaire et qui dit-on comportait les premières« annonces au néon». La légende veut que les Jérolas y firent leur début. Il rendit l'âme dans un grand incendie.
- 2 / Dans l'axe de la rue Jeanne-Mance se trouvait les terrains de l'exposition provinciale et surtout, le fameux « Crystal Palace»; dont la construction initiale sur la rue sainte-Catherine fut finalement déplacée ici. Lui aussi rendit l'âme dans un grand incendie.
- 3 / À la place du Provigo d'aujourd'hui, se dressait l'ancien-ancien Forum; où les Maroons et par la suite les Canadiens jouèrent leurs toutes premières parties. Les murs de l'édifice accueillirent également le phénomène Caruso, vedette internationale d'opéra et Pavarotti du temps jadis; lors de sa visite en Amérique.
- 4 / L'angle Nord-Ouest de Saint-Laurent et Mont-Royal était occupé par le vaste magasin à rayons «le Mont-Royal», sorte de laBaie ou Eaton's de cette petite ville de banlieue qu'était Saint-Jean-Baptiste. Important en surface et en volume, c'était LE magasin du Nord
- 5 / L'angle Hotel-de-Ville et Mont-Royal est réputé pour être le noyau fondateur du quartier. Dès le milieu du 18ème siècle, on retrouve là une petite industrie de la tannerie opérée par la famille Plessis-Bélair (d'aujourd'hui), sous le nom de la tannerie des Béllaire. C'est également le point de départ du premier chemin du quartier, le chemin des carrières qui monte vers les carrières et qui nous entraîne vers le noyau villageois de Coteau Saint-Louis, premier village fondateur du plateau Mont-Royal.
- 6 / L'actuelle Maison des jeunesses musicales du Canada (?) était auparavant la clinique sanitaire Seigler. Au moment de la grande crise, la Ville de Montréal dut aménager tout un réseau de cliniques afin d'offrir aux familles ne pouvant s'offrir les soins de santé, un endroit pour enfin y accéder. Cette clinique opérait pour le Plateau Mont-Royal. C'était un peu les CLSC avant la lettre.
- 7 / En lieu et place de l'actuelle Caisse Populaire du Plateau, se trouvait, jusqu'au début des années 80, le fameux «Mont-Royal BBQ». Doté d'une architecture unique et très «fifties», l'édifice tirait avantage de sa proximité avec la rue Saint-Denis et avec le centre civique du quartier autour de l'église des Pères du Très-Saint-Sacrement. Icône typique de ce qu'était un grand restaurant sa façade, son décor extérieur et également son intérieur en faisaient un lieu unique. Nul doute qu'aujourd'hui, cette architecture serait non seulement préservée; mais on s'arracherait à fort prix la possibilité d'y tenir restaurant. Comme quoi les temps changent!
- 8 / Sur la magnifique rue Saint-Hubert (avant que la voiture ne vienne la dénaturer) on retrouvait du côté Est, un peu au sud de la ruelle, la maison de Camillien Houde, alors maire de Montréal. La légende veut que le maire ait déjà, à partir du petit balcon rond à l'étage, harangué la foule venue l'acclamer suite à son retour du camp de prisonniers, où il fut interné pendant 3-4 ans à cause de sa prise de position contre la conscription,.
- 9 / Au nord de Mont-Royal, entre les rues Christophe-Colomb et Mentana se situait un important champ de courses de chevaux. Cette activité était très populaire à l'époque et comme le «Plateau» est la banlieue de Montréal; il est normal qu'on y retrouve cet équipement. Il sera par la suite bien sûr chassé, par le développement immobilier.
- 10 / Sur DeLanaudière, au coin de la ruelle nord de Mont-Royal, se trouvait une industrie unique en son genre; le «Moulin Océan». C'est là où l'on fabriquait le fameux empois chinois qui servait à empeser les chemises des col-blancs, une population qui occupaient majoritairement le quartier. Le terrain est aujourd'hui convoité par le développement des «condos-sur-pilotis» et nul doute que si ce bâtiment était toujours debout, il ferait sûrement l'objet de convoitises et d'une restauration en «loft luxueux».
- 11 / Angle Garnier, à la place de l'actuel dépanneur Opéra se trouvait le tout premier local occupé par Jean Coutu et sa pharmacie. C’est là où le conglomérat que l’on connaît aujourd’hui,vit le jour. Après quelques années à cet endroit (et probablement à cause du succès grandissant), la pharmacie emménagea de l'autre côté de la rue; où elle se trouve toujours. Québec Inc. sur l’avenue du Mont-Royal.
- 12 / Angle Garnier, on retouve aussi l'ancien studio de photographie J.O.Allard. Ce studio fort connu des Montréalais aura surtout permis de préserver une page importante de la petite histoire du Plateau Mont-Royal. Photographe attitré de tous les événements qui avaient cours dans le quartier, le studio était également responsable de tirer la «binette» de tous les écoliers de la CECM (aujourd'hui CSDM). Ce sont de nombreuses générations de montréalais qui ont été immortalisés par le studio Allard. Le studio a cédé sa collection à Bibliothèque et Archives nationales du Québec, en créant le fonds Allard.
- 13 / Dans les années cinquante et soixante, l'actuel local occupé par le magasin Aubainerie était occupé par le «magasin à rayons» L.N.Messier. C'était le Dupuis Frères du Plateau et c'est lui qui conféra à l'avenue du Mont-Royal, son statut de «deuxième rue Sainte-Catherine». Le porte-parole du commerce fut pendant très longtemps Roger Baulu, annonceur bien connu et fort apprécié du public. Ce magasin était reconnu pour ses campagnes de vente fort innovatrices comme par exemple, lorsqu'il offrit en vente des mini-Austin 850 pour 850$.
- 14 / Entre Marquette et Papineau, on retrouve un des plus anciens commerce de l'avenue : la bijouterie Roy. Ce commerce est toujours opéré par la famille Roy. On peut également rappeler un triste événement qui a eu lieu en 1963, tout juste à côté de la bijouterie ; où un incendie emporta la vie de cinq pompiers et devint l'événement le plus tragique du Service d'incendie de la Ville de Montréal. L'endroit est aujourd'hui occupé par l'Intermarché.
- 15 / Le parc des Compagnons de Saint-Laurent (angle Cartier), qui loge aussi l'aréna Mont-Royal, était autrefois un magnifique terrain occupé par le couvent Mont-Royal. Ce couvent des Soeurs des Saint-Nom-de-Jésus-et-de-Marie offrait un décor majestueux à ce coin de l'avenue du Mont-Royal, avec ses grands arbres et son couvent de pierres, au bout d'une allée bordée d'arbres. Les petites filles devaient êtres pas mal impressionnées à leur première année au couvent.
- 16 / La rue DeLorimier, qui fut jadis une rue classique calme, sereine et surtout très arborée (ce qui était sa principale marque de commerce), a vu changer sa destinée dans les années soixante avec l'incessant va-et-vient des camions bennes transportant la pierre d'excavation du métro de Montréal vers le pont Jacques-Cartier. On construisait alors les Îles de la future Terre des Hommes de 1967.
- 17 / Angle Des Érables, c'est le magnifique bâtiment de l'Hôtel-de-ville du Village de De Lorimier qui logeait la caserne de pompiers, le poste de police, la clinique communautaire, etc. Sa tourelle d'angle est disparue à la suite d'affaissements structuraux; mais qui sait? peut-être qu'un jour, pourrons-nous l'admirer à nouveau.
18 / Angle parthenais, à la place de l'ancien Mont-Royal Ford, on retrouvait les grands entrepôts du magasin Eaton's. C'est à cet endroit qu'étaient préparés les chars pour le grand défilé annuel du Père Noël. Les chars empruntaient ensuite le boulevard Saint-Joseph pour se diriger ensuite vers le magasin du centre-ville. Les gens du Plateau avaient droit au départ frais en pimpant du Père Noël et des nombreuses fanfares qui l'accompagnaient.
- 19 / Dans l'actuel parc Baldwin, nous retrouvions un autre champ de courses fameux, le «Montreal Driving Club»; on pouvait assister à des courses de chevaux et aussi, une nouveauté pour l'époque, à des courses automobiles.
20 / Dans l’axe de l’avenue, où se trouve aujourd’hui l’édifice du Journal de Montréal, on retrouvait les «Abattoirs de l’Est». Vaste installation industrielle, c’est à cet endroit qu’étaient acheminés, par le chemin de fer voisin, les animaux destinés à l’abattage. Quelques petites industries associées, persistent toujours dans le secteur.
19 avril 2008
Le Congrès Eucharistique de 1910
À l'automne 1910, Montréal recevait le monde entier, pour le XXIème Congrès Eucharistique, le premier à se tenir en Amérique. C'est une manifestation grandiose, à portée internationale et il est facile d'imaginer toute l'excitation de l'église montréalaise à cette occasion. Mgr Bruchési, qui dirige le diocèse, doit être convaincant car toute la population met l'épaule à la roue. On retrouvera tout au long du parcours de la procession de clôture, de grandes arches d'apparât. Elles sont le fruit des efforts de diverses communautés; autant des paroisses de Montréal, que d'autres régions du Québec et l'on retrouve même (angle Saint-Laurent et Rachel) une arche faite de gerbe de blé; offerte par les canadiens-français du Manitoba.
Cliquez sur les photos pour les agrandir / les photos proviennent de la collection E.Z. Massicotte de la BANQ
Bien sûr, chaque paroisse voudra rivaliser d'audace et de grandeur. On voit plus bas, l'arche située rue Laval, tout juste au sud de la rue Roy. Comme je n'ai pas fait mon cours classique, je traduirais l'inscription «Ecce Panis Angelorum» que l'on peut voir sur l'arche par «Voici le pain des Anges». Elle est d'ailleurs justement décorée, par une multitude d'anges aux ailes dressées. La photo nous montre également la magnifique église Saint-Louis-de-France; située sur la rue Roy. Nul doute que ce grand événement a laissé des souvenirs nombreux aux fidèles de cette paroisse.
cliquez sur la photo pour l'agrandir
Le congrès culminait avec une procession majestueuse entre la cathédrale et le Mont-Royal. Les annales parlent d'une foule de 100 000 chrétiens qui participèrent à cette procession qui dura sept heures. Une messe fut célébrée par le légat du pape sous un baldaquin, lui aussi, fort élaboré et décoré qui se dressait au Fletcher's field; l'actuel parc jeanne-Mance.
19 mars 2008
L'Institut des sourdes-muettes, sur la rue Saint-Denis
Cette étonnante photographie de 1887, tirée des archives de la congrégation des soeurs de la Providence fondée en 1843, nous montre le site de l'Institut des sourdes-muettes fondé en 1864. La photo présente également une foule de choses et de détails; mais surtout, nous offre un témoignage unique de ce coin de notre quartier en grande partie transformé.
archives des soeurs de la Providence (cliquez sur la photo pour l'agrandir)
Tout d'abord, pour nous situer, le carrefour que nous voyons sur la photographie est celui des rues Berri et Cherrier; a peu de choses près, tel que nous le connaissons aujourd'hui. Nous voyons à droite l'aile nouvellement construite rue Berri (on lui ajoutera plus tard, dans les années 1950 l'aile de l'Institut Raymond-Dewar, qui prolongera le bâtiment jusqu'à la rue Cherrier.). Les autres bâtiments montrent les édifices originaux érigés rue Saint-Denis, qui regroupaient un pensionnat, un foyer pour sourdes-muettes, des résidences pour dames pensionnaires et un jardin d'enfance. Ces premiers édifices de la rue Saint-Denis furent par la suite démolis pour être remplacés par ceux que nous connaissons aujourd'hui et qui sont maintenant occupés par le CSSSMM. L'Institut fut fermé en 1979. Nous pourrons revenir sur cette oeuvre exemplaire des Soeurs de la Providence.
Si l'on revient à notre photo «témoignage», on y trouve et on y voit entre autres :
Une rare vue du bâtiment originel de l'école Jean-Jacques Olier (à gauche complètement de l'édifice principal de l'Institut) avec sa mansarde en tôle argentée et avant son agrandissement. Les atlas anciens l'indiquent comme étant la «St-Denis Academy». La fonction scolaire y perdure encore aujourd'hui après 130 années d'existence. Récemment, le conseil d'établissement de l'école décidait de modifier le nom de l'école pour le remplacer par «Au pied-de-la-montagne». De nombreuses protestations de la Société d'histoire et de généalogie du Plateau Mont-Royal, et d'une douzaine d'organismes d'histoire et de représentants des médias, auront finalement permis de maintenir le vocable (partiellement).
des rues en terre avec des chemins de pierres pour traverser proprement les jours de puie.
des réverbères au gaz, le long de la rue Cherrier.
Les grands espaces servant de potager à la congrégation et pour les nombreux pensionnaires.
Un bel alignement d'arbres sur Cherrier (aujoud'hui disparu).
Un tout petit «boguey» à deux places, ancêtre probable de notre «Smart».
Un bout de trottoir de bois.
Une haute palissade de bois pour protéger les enfants des «dangers» de la grande ville.
À SUIVRE....
02 mars 2008
Ne désespérez pas!
J'ai du canaliser mes énergies sur un autre dossier; mais je refait surface doucement et devrait reprendre «le fil de l'histoire» bientôt!
Soyez patients et indulgents svp
Gabriel
16 janvier 2008
funiculaire du mont Royal
Des photos ont été ajoutées à la page du funiculaire du mont Royal du 1er juin 2007.
20 décembre 2007
Comment ça? beaucoup de neige!
Quand on regarde les chutes de neige qui viennent de nous tomber dessus cette semaine et quand on sait que les plus vieux disent souvent : «Dans notre temps, il y avait pas mal plus de neige qu'aujourd'hui!»; on se demande bien ce qu'ils faisaient avec des équipements de déneigement comme ceux que l'on voit sur la photo.
note : la photo provient de la gestion des archives de la Ville de Montréal
Peut-être s'agissait-il des p'tits «Bombardier» du temps jadis. Chose certaine, cet équipement devait faire moins de bruit et être moins dur sur la base des troncs des arbres de nos rues. Jeune enfant, je me souviens que la neige n'était ramassée que dans la rue et que de gros bancs de neige longeaient les trottoirs tout l'hiver. Nous devons présumer que les déneigeurs prenaient ça «aisé» (francisation de «easy») et déneigeaient une rue à la fois.
Au printemps, pour les enfants, c'était le carnaval du «cassage» de glace sur le trottoir. Les trottoirs n'étant pas grattés comme aujourd'hui, il s'ensuivait la formation d'une épaisse couche de neige durcie qui se transformait en glace avec le temps . Une sorte de corvée volontaire réunissait alors tous les enfants de la rue qui, armés de haches, de pelles et de pics, s'attaquaient à une couche de glace qui devait bien faire 7-8 pouces d'épaisseur (16-18 cm). Ce travail s'effectuait au printemps; au moment où le redoux avait commencé à altérer la glace et provoqué un petit film d'eau sous elle. La glace était «cuite» et enfin prête pour le carnage.
Il suffisait de bien choisir la grosseur de sa «bouchée» et après quelques coups de hache bien appliqués, vous entendiez le «PLOC» caractéristique fait par le morceau se séparant de sa banquise; bonheur fugace (et, disons-le, répétitif) du petit casseur de glace. Quand l'heure du «break» (le diner ou le souper) arrivait; on laissait en plan un trottoir partiellement dégagé et avec des marches à monter ou descendre, au grand désespoir des piétons distraits. Je me souviens que cette corvée pouvait parfois durer plusieurs jours; c'était peut-être une façon de pousser sur l'hiver et de tirer sur le collet du printemps. Doux temps du redoux!
Sur la photo suivante (qui est prise devant le magasin Morgan's, futur LaBaie), on voit des pelleteurs à l'oeuvre. Ce n'est qu'en 1905 que la Ville de Montréal prendra charge du ramassage de la neige en ville. Avant, le déblaiement était de la responsabilité des citoyens ou commercants, comme ici en 1901, sur la rue Sainte-Catherine. Il est facile à imaginer que ce devait être pareil sur l'avenue du Mont-Royal.
Encore une fois, la photo suivante nous ramène dans les bourrasques de l'hiver et nous montre un des cinq tramways chasse-neige utilisé pour déblayer les voies. On peut voir la brosse rotative qui devait parfaire le travail de la lame chasse-neige. Cette photo de 1895, nous montre le mastodonte, suivi par la voiture 332 de la ligne Amherst.
note: les deux dernières photos proviennent du fonds Notman du Musée McCord. Cliquez sur les photos pour les agrandir.
02 décembre 2007
Drame rue Mentana
Le 14 septembre 1945, à l'heure du midi, à quelques jours de la signature de l'armistice de la deuxième grande guerre, un drame se prépare sur la rue Mentana, tout juste au sud de Mont-Royal. C'est la fin de l'heure du dîner et les écoliers retournent à l'école. À cette époque, les enfants retournent à la maison pour dîner; il n'y a pas encore de service de garde à l'école et le mode de vie n'oblige pas encore les mères de famille à aller travailler. Comme disait le curé : ..«la place de la femme est à la maison».
J'ouvre ici une parenthèse pour rappeler qu'il s'agit d'un blog historique (donc ancien!); qui fait état des choses comme elles se passaient dans le temps et qui n'engage pas la responsabilité contemporaine de son auteur. À cette époque, l'homme est le pourvoyeur de la famille (même si parfois il s'accroche les pieds à la taverne) et la femme est la reine du foyer, celle qui fait «runner» la business; dans le fond, c'est elle la vraie boss.
Donc, le climat et le mode de vie familial étant campé; retournons à nos jeunes écoliers qui retournent vers leurs classes après le dîner. Il est près d'une heure de l'après-midi lorsqu'un employé d'une quincaillerie de la rue Mont-Royal est affairé dans l'entrepôt situé sur Mentana. À partir d'un réservoir de 50 gallons de naphta (dans ce temps là, les litres n'existent pas encore), il emplit un plus petit bidon pour la vente au détail. La manipulation de ce combustible étant hautement dangereuse, il suffit d'une simple étincelle pour allumer un incendie. Ce qui devait arriver ...arriva!
Copie d'une manchette du journal laPatrie; provenant de la collection numérique d la BANQ. Cliquez sur la photo pour l'agrandir.
L'employé quitte la scène pour aller prévenir les pompiers. Peu de temps après, les premières voitures provenant de la caserne 16 (rachel et Christophe-Colomb) arrivent sur les lieux. On utilise le camion pompe et non les échelles, puisque le feu est au sous-sol de l'édifice. Le feu ne semble pas dramatique pour le moment car il y a peu de flammes et de fumée. Ne redoutant pas le danger, lorsque les premiers sapeurs se présentent à l'entrée de la porte du sous-sol, le baril de Naphta explose et propulse littéralement une immense boule de feu par l'ouverture; fauchant au passage les malheureux pompiers. Les journaux parlent «d'apocalypse» et de «mer de feu». Toujours est-il que cette «boule de feu» est allée souffler la façade des maisons de l'autre côté de la rue, y allumant différents foyers d'incendies.
Toutefois, le véritable drame ne réside pas dans ces flammes déchaînées, mais plutôt dans l'amas de victimes jonchant le sol après l'explosion. On parle de cinquante et une victimes. Malheureusement, de ce nombre, on retrouve une majorité d'enfants qui s'étaient arrêtés sur le chemin de l'école pour regarder travailler les pompiers sur ce petit feu (avant l'explosion du baril). Il s'agit bien sûr d'enfants du voisinage; rue Mentana, rue Boyer, etc.
L'explosion fera finalement 10 victimes, dont 7 enfants. Deux familles perdront même trois de leurs membres. Une multitude d'autres porteront toute leur vie, sur leurs corps, les marques de ce drame. Jeune enfant, une voisine d'à peine dix ans plus agée que moi, avait à la figure les traces de ce qui avait du être d'atroces brûlures, souvenirs de ce jour fatidique.
23 novembre 2007
Les derniers tramways de Montréal
On voit ici le petit tramway no. 200, photographié au garage Mont-Royal, dans l'est, angle Fullum. Il se trouve probablement sur la rue Franchère (une rue à l'est de Fullum), car sur la rue Fullum, nous verrions plutôt les entrepôts Eaton.
Tant qu'à se faire dire par les montréalais ...«On sait ben! ...le Plateau Mont-Royal »; alors, aussi bien ne pas se priver et dire les choses comme elles sont: Oui! nous habitons un quartier particulier. Soyons d'ailleurs un peu chauvins et beurrons un peu épais pour notre coin de ville. 












