histoire du Plateau Mont-Royal

21 novembre 2014

Le pont des amoureux

Lorsque la Ville de Montréal aménage les deux étangs du parc Logan en 1900 (il sera nommé parc Lafontaine en 1901), la topographie des lieux fait en sorte que les deux plans d’eau sont à des niveaux différents. On a alors l’idée d’aménager une cascade et de construire un pont. Son concepteur, l’architecte français Clovis Degrelle, propose une belle petite structure rustique, avec un toit en pavillon, et un aménagement de balustrades de ciment, qui imitent des rondins de bois. C’est du plus bel effet! Sous le pont, le site de la cascade est aménagée de telle sorte que les promeneurs peuvent y descendre et traverser vers l’autre étang; ce que ne manquent pas de faire les amoureux en assurant un bref arrêt, sous le pont, à l’abri des regards. Cette circonstance donnera d’ailleurs au pont le sobriquet de “pont des amoureux”. La photo nous montre l’allée principale menant au pont, offrant elle aussi avec ses rondins, un caractère champêtre et romantique. Ce beau paysage fut remplacé dans les années 1950 lors du grand réaménagement du parc Lafontaine.

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 photo : Archives Ville de Montréal

Sur cette autre photo, on voit bien le passage sous le pont...mais pas d'amoureux!

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photo : Archives Ville de Montréal

Pendant plusieurs années, il n'y aura pas ni pont, ni cascade entre les deux étangs.  Le réaménagement des années 1990 nous ramènera le pont et une magnifique petite chute qui nous propose un bruit de fond fort agréable en été.

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20 novembre 2014

Les Canadiens sont là!

Le lundi 9 mai 1966, Montréal est en liesse! Les Canadiens viennent de remporter leur 14ème coupe Stanley et c’est la parade traditionnelle dans les rues de la ville. Le Plateau n’est pas en reste car le boulevard Saint-Joseph, avec sa belle perspective et son vaste dégagement qui lui permet d’accueillir de grandes foules, est le lieu de prédilection pour ces grands évènements. Le Père Noël et sa parade annuelle de novembre sur le boulevard est aujourd’hui en compétition avec Jean Béliveau et Bobby Rousseau, les deux meilleurs pointeurs du club. Angle Saint-Hubert, la foule est dense et joyeuse; tandis que des adolescents, qui ont aujourd’hui dans les 60 ans (et qui courent probablement moins vite) profitent de la pause du diner pour voir leurs héros de près. À l’époque cravates et vestons sont de mise pour aller à l’école. Les organisateurs de tels évènements fréquentaient souvent le Plateau parce que la population, plus nombreuse qu’ailleurs, raffolait de ces hommages et assurait toujours une belle foule.

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source : Archives de la Ville de Montréal

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19 novembre 2014

Une belle rue ombragée

En cette belle matinée de janvier 1936, nous sommes à braver le froid, à l’angle de l’Avenue du Parc et du boulevard Saint-Joseph. On peut encore y admirer les beaux grands arbres qui ornent le mail central, puisque jusqu’à Henri-Julien, cette section du boulevard était située sur le territoire de Ville Saint-Louis. Cette voie offrait un axe central doté d’un double alignement d’arbre; ce qui lui conférait le caractère prestigieux recherché par cette jeune ville dynamique et moderne. Il ne faut pas oublier qu’au moment de son annexion à Montréal en 1909, c’était la troisième ville en importance au Québec. Les arbres sont malheureusement disparus au début des années 1960. On voit également, à gauche de la photo, près de la rue jeanne-Mance, l’Institut Éducatif Juif , qui nous rappelle que cette communauté a occupé pendant plusieurs années, une vaste partie du secteur. On constate aussi que les “sleighs” et leurs chevaux parcourent toujours les rues du quartier. Vous conviendrez que nous sommes bien loin du caractère trépidant de cette même intersection aujourd’hui. 

Du Parc et Saint-Joseph 1936 VdeM VM6R3229

 

source : Archives Ville de Montréal

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30 octobre 2014

Un village en ville

Mais dans quel coin du Québec peut-on visiter ce beau petit village?  Oh! Il ne suffit pas d’aller bien loin; vous pouvez même y aller à pied. Rendez-vous rue Berri, près de la rue Boucher, et vous pourrez encore admirer la belle demeure de pierre visible au centre de la photo. Quelques autres maisons de cette époque, surtout celles faites de maçonnerie, existent toujours dans le secteur. Sur cette photo vers 1950, nous sommes au coeur de l’ancien Village de Coteau-Saint-Louis (qui a été créé en 1846 et annexé à Montréal en 1893). Les petites maisons de bois, avec leurs lucarnes et leurs toits à deux versants, sont malheureusement aujourd’hui disparues, sauf une toute dernière rue Lagarde. Elles logeaient les carriers travaillant à extraire la pierre calcaire de la grande carrière Dubuc, sous l’actuel parc Laurier. Ces pierres ont servi à construire plusieurs édifices du Vieux-Montréal; mais surtout dans le Plateau, avec toutes ces façades de pierres grises que l’on retrouve sur nos rues.

CSL 03Q_E6S8SS1SSS0649D03529PA11 Source : BAnQ; fonds Edgar Gariepy Rédaction : Société d’histoire du Plateau Mont-Royal www.histoireplateau.org

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08 septembre 2014

Un Plateau en pleine campagne!

Après la série sur les "châteaux" dans le Plateau, j'ai d'autres images anciennes à vous présenter et, cette fois-çi, il s'agit vraiment d'images de notre quartier au temps des vaches et des grands  champs.

Cette séquence m'est venue avec une photo de l'Hôtel-Dieu montrant le site environ 8-9 ans après sa construction; soit en 1869.  La photo provient des archives du musée McCord et est une réalisation du photographe James Inglis.  On y voit le quartier encore composé de vastes espaces en culture.

hotel-dieu 1869 panorama copieJ'ai revu cette même photo publiée par Philippe Duberger sur son site Flickr.

Cette fois, la photo est formatté différemment et l'on aperçoit en haut à droite, une vue inusitée du premier bâtiment de l'Institution des sourdes-muettes, angle Saint-Denis et Des Pins.

1860 Hôtel-Dieu et Institution des Sourdes-muettes

Ce premier bâtiment, construit en 1863, aura de nombreux ajouts au fil du temps, avant d'être démoli en 1898, afin de construire les pavillons que nous connaissons aujourd'hui.   source archives de la Congrégation des Soeurs de la Providence.

institution des sourdes-muettes origine

 

Le détail d'un panorama de la ville peint par James Duncan en 1870, montre bien l'immeuble original de l'Institution des Sourdes-Muettes, avant ses agrandissements.  Source Musée McCord.  l'agrandissement est de Philippe Duberger.

James Duncan Institution des sourdes-muettes 1870

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir encore une autre image montrant ce même secteur de la ville, en 1890 (selon l'information fournie par la légende de la photo).  L'image provient du document "New album of Montreal views" publié par le "Canada railway news co. ltd".

Magnifique illustration qui montre bien le secteur est de la ville et le secteur sud du Plateau.  On y voit bien sûr l'Hôtel-Dieu, mais on y montre également l'école normale Jacques-Cartier qui était située dans le parc La Fontaine et aussi, l'Institution des sourdes-muettes rue Saint-Denis.  En fait, l'illustration est antérieure à 1882, puisque cette date corresponds à la construction de l'aile Saint-Philippe de la rue Berri; et cette aile n'apparait pas sur le dessin.  Toutefois, l'ajout d'une aile à angle de l'édifice original nous permet de dater l'illustration comme représentant une situation postérieure à 1881, date à partir de laquelle on ajouta des ailes au bâtiment original.  Nous pouvons donc dire que l'illustration montre Montréal vers 1881-1882.

Selon les atlas ancien, nous pourrions penser que l'immeuble du bas à gauche, représenterait la "Villa Bellevue" de David Law.  Elle est reconnaissable à son toit plat, ses multiples souches de cheminées et son implantation, à la hauteur de la grande aile de l'Hôtel-Dieu.

Montreal view, 1890 _ New Album of Montreal Views, published by the Canada Railway News Co

C'est fort intéressant de visualiser ce que Montréal pouvait avoir l'air à cette époque.  Il nous reste à préciser ce qu'est le "Gros Bois" et le "Gas Works".  Sur ce dernier point, Kevin Cohalan, un collegue de la Société d'histoire du Plateau Mont-Royal, me fait remarquer que le site de la Ville de Montréal présentant différents secteurs de son territoire, mentionne pour le secteur "Hochelaga", que :...la compagnie New City Gas (devenue Montreal Gas Work) s'installe rue du Havre en 1873», soit angle du Havre & Notre-Dame.  Tous se souviendront de l'immense cylindre d'acier, un moment peint avec un quadrillé rouge et blanc, s'élevait à cet endroit jusque dans les années 1960.  Gaz Métro est toujours installé rue du Havre.

 

réservoir de gaz métro rue du havre VdeM P140_12P38

 

L'illustration montrant le panorama a été vue dans les documents présentés par Gilles Douaire sur son site Flickr.  La recherche dans l'album du Canada railway news co. ltd, permet de constater que cette image est une petite partie d'un vaste panorama montrant toute la ville de Montréal, depuis le Plateau à l'est (notre image), jusqu'à Griffintown à l'ouest.  Une vue générale de Montréal en 1881.

 

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06 juin 2014

petits commerces de proximité d'un temps disparu

Cet article est une reprise d'un texte paru dans le dernier bulletin de la Société d'histoire du Plateau Mont-Royal.  Certains se rappellent qu’il y a cent ans, les montréalais se procuraient leurs victuailles dans les quelques grands marchés publics installés à différents endroits de la ville.  Pour le Plateau, on parle bien sûr du marché Saint-Jean-Baptiste, angle Saint-Laurent et Rachel.

Ces vastes marchés s’installent au cœur des petites villes qui poussent en dehors des limites de Montréal et les habitants peuvent alors facilement s’y rendre à pieds.  Mais que se passe-t’il quand la population augmente, que l’urbanisation s’éloigne de ces points de service?  On voit apparaître, les petits commerces de coin de rue, qui offrent alors à leur clientèle, une proximité des services alimentaires.

épicier Paquette cropNous sommes encore loin du Loblaw's ou de l'Intermarché!  Le choix est encore assez limité.  Mais les montréalais prennent lentement goût à mieux manger.

Commerce de coin 1976 Philippe Duberger flickt copie 2



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

photo 1976 Philippe Duberger

Mais comment les victuailles se rendent-elles sur la table de la cuisine?  Tout d’abord, il faut dire que les éléments de base : le lait et le pain, sont généralement livrés à la porte par le laitier et le boulanger (accompagnés bien sûr de leurs fideles adjoints à quatre pattes). 

La viande, ainsi que les fruits & légumes, sont l’apanage du petit épicier.  Avant « l’invention » du supermarché, on retrouve ces petits commerces, souvent aux coins des rues, qui rejoignent chacun un certain nombre de ménages.  La plupart du temps, il s’agit d’un commerce familial, ou l’on pourrait dire, en simplifiant un peu, que le mari est à la boucherie, l’épouse au service et à la caisse, et les enfants aux livraisons et à la manutention. Parfois, un ou deux bouchers s’ajoutent quand la clientèle est importante.  Notre famille avait bien sûr son épicier attitré et je vais tenter de vous en décrire le local.

1976 épicerie de coin Villeneuve et DeBullion Phil DuBerger copie

L’épicerie A. Ouellet, sise au 1034 est Avenue du Mont-Royal, se compose d’un espace dont les murs latéraux sont occupés par les tablettes de « cannages » et de produits secs (céréales, biscuits, pâtes et légumineuses sèches).  Les conserves les plus populaires sont accessibles aux clientes et les autres doivent être descendues à l’aide d’une pince, au bout d’un long manche, manipulée par un commis.  L’espace à gauche est occupé par la caisse et un frigo vitré; ou l’on voit les viandes (essentiellement du bœuf, du porc) et les charcuteries disponibles (ici, comprendre jambon cuit et « baloney »).  Au fond, il y a le grand frigo, avec sa grosse porte de bois, ou sont entreposés les grandes pièces de viande.  Le boucher est à côté, avec son bloc à découper et ses divers hachoirs.

Les fruits et légumes sont réduits à leur plus simple expression et exposés dans la vitrine et dans quelques présentoirs en avant,  On voit des pommes de terre, des carottes, du chou, du navet, du céleri, des tomates et peut-être de la laitue « iceberg ».  Les fruits se résument aux pommes, bananes, oranges et pamplemousses en saison.  Évidemment, au fil des jours, des saisons et des trouvailles de l’épicier chez son fournisseur, on retrouve parfois des nouveautés pour varier le quotidien.  À l’automne, avec les récoltes locales, le choix sera aussi plus grand et la fraîcheur meilleure, mais le choix ne se compare en rien avec celui d’aujourd’hui.  Il ne faut surtout pas oublier la bière et le porter, denrées essentielles (pour contenter les maris) et pour arrondir les revenus de l’épicerie.

 

Typique de l’épicerie du coin, le livreur à bicyclette qui effectue un travail qui n’est pas de tout repos.  J’en sais quelque chose, puisque j’ai aussi pratiqué ce « métier » un certain temps                          source Philippe Duberger

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24 mai 2014

L'histoire du lait dans le Plateau

Depuis un article paru dans le dernier bulletin de la Société d'histoire du Plateau Mont-Royal, sous le theme du "Plateau gourmand".

Nous sommes tous d’accord pour dire qu’une bonne bouteille de Bordeaux accompagne très bien une savoureuse grillade.  D’autres seront aussi d’accord pour insister qu’il n’y a rien de meilleur, pour accompagner son « whippet » ou son « Oreo », qu’un bon grand verre de lait bien froid.  Quand j’étais petit, mon délice était justement de tremper quelques biscuits « Village » dans un verre de lait, pour les ramollir juste à point.  AH! Le lait!  Quel délice!

Vous ne le savez peut-être pas (surtout si vous êtes plus jeunes), mais une page importante de l’histoire montréalaise du lait s’est jouée dans le Plateau.

Il faut rappeler qu’au début du XXème siècle, à Montréal, 25% des nouveau-nés n’atteignent pas leur première année.  Ce taux de mortalité incroyable, en 1900, compare Montréal à New-Delhi, ce qui n’est pas peu dire.  On blâme surtout la mauvaise qualité du lait qui est offert aux enfants et le peu de scrupules de la multitude de petits fournisseurs qui s’ingénient à trafiquer le lait qu’ils distribuent en y ajoutant de l’eau et autres produits qui finissent par s’avérer nocifs .

En 1890, Janvier-Jacques Joubert (1869-1943) gère la ferme familiale de Saint-Léonard-de-Port-Maurice et livre du lait à Montréal.  En 1892, un oncle américain l’informe de l’existence de bouteilles de lait en verre et notre homme, fier entrepreneur, devient ainsi le premier laitier de l’Empire britannique à livrer son lait en bouteille.  Comme le marché est florissant, il abandonne la production pour se concentrer plutôt sur la distribution.

C’est en 1899 que J.J.Joubert ouvre une petite laiterie angle Saint-Hubert et Rachel.  En 1906, il déplace ses installations rue Saint-André.  L’aventure est lancée, l’entreprise ne cessera de croître et occupera une bonne partie du quadrilatère Rachel Mentana, Duluth, Saint-André. 

 

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Des 1908, il installe un système de pasteurisation, bien avant qu’il ne devienne obligatoire en 1926.  La même année, l’embouteillage est mécanisé et en 1931 l’entreprise participe à la distribution de lait dans les écoles montréalaises.  En 1932, l’entreprise est vendue à Borden mais la populaire marque continue son chemin et les installations sont finalement démolies en 1969.  Les Habitations Mentana occupent maintenant l’espace de l’ancienne laiterie.

Avant de déménager à Outremont, comme il se devait pour un « canadien-français » ayant réussi en affaires, Janvier-Jacques demeure longtemps rue Saint-Hubert, au sud de Rachel, d’où il peut admirer ses installations et leur grande cheminée.

Breuvage chou-chou de la collation des enfants, le lait occupe aussi une place importante en cuisine. Il doit donc occuper une bonne place également, dans ce numéro du bulletin consacré à l’alimentation.  Alors, la prochaine fois que vous tendrez la main pour attraper un litre de lait sur la tablette du supermarché, songez à tous ces valeureux laitiers, à leurs vieux chevaux qui connaissaient la « run » par cœur et aux bouteilles de lait, qui l’hiver venu, soulevaient leurs bouchons pour vous saluer en relevant leur chapeau de crème gelée. 

 

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  jjj rue St-AndréEn 1906, J.J.Joubert ouvre des locaux au 4141 rue Saint-André au sud de Rachel.  Au plus fort de l’hiver, la distribution se fait en « sleighs » (et il n’est pas nécessaire de garnir les voitures de blocs de glace).  Les installations ne cesseront de croître au fil des innovations que la compagnie ajoute continuellement à ses procédés.

 

Lait 1933 Clinique Laurier, 305, rue Mont-Royal Est, Salle d'attente, construction 1932-35En 1910, on met sur pied l’œuvre de la « Goutte de lait », afin d’offrir un lait de bonne qualité aux familles démunies.  Cela se transforme vite en un réseau de cliniques de puériculture afin d’informer les mères des meilleurs soins à donner à leurs enfants.  En 1930, il y a 68 cliniques à Montréal, dont celle de l’Avenue du Mont-Royal angle Henri-Julien, dont on voit ici la salle qui accueille les mères avec leurs nourrissons.

 
 

 

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23 février 2014

Un (autre) chateau dans le Plateau!

Il y a les châteaux de la Loire et il y a ... les châteaux du Plateau.

Je vous ai déjà parlé d'une demeure magnifique angle Rachel et Christophe-Colomb.  Je vous ai également fait découvrir le château de la Famille Logan, angle Mont-Royal et Fabre.  Eh bien, pour poursuivre sur cette lancée, en voici un autre, tout aussi beau et peut-être beaucoup plus romantique.  Il se trouvait dans le Fletcher's Field, à la hauteur de la rue Duluth, à l'ouest de l'Avenue du Parc, tout juste au sud de l'emplacement de l'actuel quartier général du Service des Incendies de la Ville de Montréal.  Bien sûr, à l'époque de sa construction vers 1820, il est pratiquement seul sur le versant est de la montagne. 

Les grandes villas du XIX ème siècle montréalais portent toutes un nom.  Comme celle-ci est construite au pied de la montagne, son propriétaire l'appelle "Piedmont".  L'histoire nous dit qu'elle était parmi les premiers édifices ayant pavé la voie aux majestueuses villas du "Mille Carré Doré".

Montréal en 1832 Piedmont James Duncan McCord M312

Cette très belle illustration de James Duncan montre la villa "Piedmont", en 1832, avec son joli toit rouge, confortablement installée au pied de la montagne.  Elle trône dans le paysage rural de ce secteur encore assez éloigné de la ville.

Son premier propriétaire, le juge Louis-Charles Foucher (1760-1829) l'habite pendant une dizaine d'années et, à sa mort, c'est John Frothingham (1788-1870) qui s'en porte aquéreur.  Frothingham, américain d'origine et quincaillier de métier, voit son commerce prendre un essor fulgurant à la suite de son association avec William Workman en 1836.  L'entreprise devient le quincaillier en gros le plus important d'Amérique du Nord.  En 1859 il se retire des affaires et termine paisiblement sa vie à "Piedmont", en compagnie de sa fille Louisa, qui veille sur lui jusqu'à son décès.  Elle lui avait fait le voeu de ne pas se marier et de veiller sur lui jusqu'à la fin.  On le voit, sur la photo suivante, en 1862.

John Frothingham, Montréal, QC, 1862

John Frothingham par Notman

En 1890, les terrains de la propriété sont achetés pour construire l'hôpital Royal Victoria.  La villa est temporairement épargnée; mais elle est finalement démolie en 1939. 

Mais durant les 120 ans de son existence, force est d'admettre qu'il s'agit d'un bâtiment exceptionnel.  Son implantation, son architecture et sa volumétrie en font un édifice particulier, qui n'offre pas du tout le même langage que les grandes villas qui s'implantent dans le "Mille Carré Doré" quelques années plus tard.  Nous sommes ici, résolument dans une architecture possédant le caractère d'une propriété rurale; par opposition aux autres villas qui sont souvent beaucoup plus en dialogue avec leur voisinage immédiat, plus urbain.  La photo suivante de 1863, nous montre probablement John, qui prend la pose sur le balcon arrière de la maison.  Les atlas (voir plus loin) nous montrent la villa implantée dans l'axe de la future rue Durocher (qui n'est pas prolongée jusqu'à la villa et qui se termine plus tard à Des Pins) et, à la hauteur  de la rue Duluth.

Piedmont house des Pins et Durocher 1863 Frothingham

Avec sa façade avant, la villa du domaine Piedmont nous offre une architecture d'une grande sobriété, imposante par ses dimensions, et tout à fait en accord avec son milieu.  Curieusement, la résidence est orientée vers le nord et tourne donc le dos à la ville.  Le terrain avant doit offrir à la vue un vaste dégagement puisque la prochaine construction se trouve à la hauteur de l'avenue du Mont-Royal.  Cela plaisait sûrement plus ainsi, au constructeur de la villa.

Piedmont vers 1895 John Frothingham Notman

Encore une photo de la façade arrière, mais vers 1885 cette fois.  Le terrain est plus dégagé mais la petite fontaine est toujours là.  John Frothingham est décédé depuis 15 ans et c'est sa fille Louisa qui habite maintenant la villa.

« Piedmont», résidence des Frothingham, rue Durocher, Montréal, QC, vers 1885

La photo suivante nous montre l'intérieur de la villa Piedmont, ou l'on retrouve un décor, encore une fois assez simple, par opposition aux intérieurs victoriens qui sont sombres, très chargés et ostentatoires.  Ici, on retrouve plutôt un intérieur relativement chaleureux, très lumineux, ouvert  vers l'extérieur, et qui reflète parfaitement une vie de famille sans trop de flas flas malgré la richesse qui baigne le domaine.

Piedmont intérieur

 Sur l'extrait suivant de l'atlasGoad de 1914, on peut voir la villa Piedmont, située tout près de la ligne du chemin ferré du funiculaire, qui est localisé dans l'axe de la rue Duluth.  Cette attraction est un point d'intérêt majeur, pour les montréalais en quête de plein air et de verdure; et qui veulent fuir la ville enfumée.  Le funiculaire sera en fonction de 1885 à 1918.  On voit la villa qui est située au bout d'un chemin qui se veut le prolongement projeté de la rue Durocher.

Atlas Goad 1914 Villa Piedmont

Cette autre vue, montrant de trois-quart, la façade principale de la villa, laisse aussi paraître quelques aménagements autour de l'édifice.  Ces plantations nous rappellent que souvent ces villas sont entourées de vergers et que surtout, l'effet qui se dégage de l'ensemble, est des plus apaisant.

Piedmont vers 1880 Notman copie

Sur la prochaine photographie, on peut détailler une vue aérienne du secteur.  On y distingue l'avenue du Parc (à droite) et le monument de Sir Georges-Étienne Cartier.  La villa est mise en évidence par une petite tache rouge qui permet de la situer dans son contexte et sa proximité avec le stade Molson de l'université McGill.

Montréal vue aérienne 1925 Piedmont détail 2

Malheureusement, toute bonne chose a toujours une fin.  On voit ici la ville "Piedmont" à la  fin de sa vie.  Elle sera démolie vers 1939 après avoir été vacante plusieurs années.  On peut distinguer, à droite de la photographie, le tout nouveau quartier général du Service des Incendies de la Ville de Montréal.  L'édifice vient d'être complété en 1933 et il a été réalisé dans le cadre du programme des travaux de la crise entrepris par la ville.

Piedmont 1945 MTL avant-apres

Avec la démolition de "Piedmont", Montréal perd alors un domaine magnifique et une page importante de la vie sociale de Montréal est tournée; de même qu'une époque des grands domaines de la montagne qui se termine.  L'autre château voisin, la Villa "Bellevue" est déjà disparue depuis plusieurs années, emportée par la construction du stade.  On en parlera dans la suite de la description de cette saga des châteaux du Plateau.


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04 février 2014

Hotel-de-ville de De Lorimier

MISE EN VALEUR DE L’ANCIEN HOTEL-DE-VILLE DU VILLAGE DE DE LORIMIER 

L’ancien hôtel-de-ville de De Lorimier (angle de l'Avenue du Mont-Royal et de la rue Des Érables), malgré certaines transformations malheureuses au fil du temps (1931), demeure un édifice municipal remarquable dans le paysage architectural vernaculaire montréalais.  L’arrondissement du Plateau Mont-Royal l’a d’ailleurs inscrit dans son chapitre du Plan d’urbanisme, comme un immeuble de valeur patrimoniale exceptionnelle

Au-delà de son intérêt historique et patrimonial, la mise en valeur de ce bâtiment appuie la volonté de la Ville de Montréal de favoriser l’appropriation identitaire de leur quartier par les citoyens des différents secteurs de la ville ou des arrondissements.  Mettre en valeur l’ancien hôtel-de-ville de De Lorimier, c’est faire renaître et rappeler l’existence de ce quartier, en mettant en valeur son ancien noyau institutionnel.  

Outre le maintien fonctionnel, en ses murs, d’une caserne de pompiers; l’édifice est à toutes fins pratiques littéralement abandonné par la Ville depuis de nombreuses années.  En novembre 1999, un incendie altère sérieusement le bâtiment et, bien que des travaux de consolidation structurale soient entrepris rapidement, l’extérieur quant à lui, n’a jamais fait l’objet de travaux correctifs suite à l’incendie.  Une  restauration complète de l’édifice, plus coûteuse, fera l’objet de discussions ultérieures, mais dans l’immédiat, c’est le maintien et la mise en valeur de ce bien patrimonial qui s’impose. Ces travaux peuvent être entrepris très simplement et à relativement peu de frais. 

Construit en 1901, selon les plans des architectes Joseph H. Bernard & Paris et J.O.A. Laforest, cet édifice remarquable abrite alors l’hôtel-de-ville et fait office également d’édifice municipal qui loge les pompiers, la police, les bureaux administratifs et divers organismes communautaires.  C’est une faiblesse structurale de la tour d’angle qui en oblige la démolition en 1931. 

L’édifice est inscrit au document « Évaluation du patrimoine urbain du Plateau Mont-Royal », produit en 2005, comme immeuble de valeur patrimoniale exceptionnelle, dans le volet « édifices publics ».  Il est également situé dans un secteur d’intérêt patrimonial exceptionnel (l’Avenue du Mont-Royal). 

Constitué en 1895 à partir du territoire de la municipalité du village de la Côte-de-la-Visitation, le village de De Lorimier élira comme maire Christophe Messier en 1899. Érigée en municipalité en 1902, la Ville de De Lorimier est finalement annexée à Montréal en 1909. 

Il faut unir nos voix afin que ce vénérable bâtiment retrouve son intégrité. 

Hotel de Ville De Lorimier

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18 décembre 2013

Histoire vivante Avenue du Mont-Royal

Parfois, une petite ballade rue Mont-Royal nous ramène tout droit au milieu du XIXème siècle.  Angle Mont-Royal et Coloniale, de petits bâtiments, un peu usés, avec un toit à deux versants, des lucarnes, sont là immuables et nous regardent passer depuis plus de 150 ans.  

Malgré leur air fatigué, ils n'en demeurent pas moins des témoins privilégiés de notre vie de quartier.  Ils devraient d'ailleurs faire l'objet d'un intérêt plus soutenu et d'un soin jaloux de notre part; ainsi que d'une protection officielle, amplement justifiée par leur très grande valeur patrimoniale.    

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 Cet antre du disque vinyle en aura vu passer des modes et des tendances.  Entre le 78 tours de Tino Rossi qui chante "Marinella" ou Georges Guétary qui nous sérénade avec "la Belle de Cadix"; il y aura aussi les 45 tours de Pierre Lalonde et "le sentier de neige" des Classels.  Aujourd'hui, tout ce magasin tient dans les entrailles électroniques de nos IPods et autres MP3.  Était-ce une résidence à l'origine; ou déjà un commerce?  Dans l'immédiat, nous ne pouvons le dire.

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C'est comme cette photo d'Alexander Henderson qui est décrite comme étant située..."sur le chemin Mile-End".  S'agit-il de l'Avenue du Mont-Royal ou de la rue Saint-Laurent?  Chose sûre, nous y voyons un paysage qui serait susceptible d'être composé des petites maisons qui nous intéressent.  Si la scene est prise sur Mont-Royal, on regarde vers l'est et si c'est sur Saint-Laurent, on regarde vers le sud (à cause du soleil)

 

Chemin Mile End (Henderson) (2) Mont-Royal et De Bullion

 

 

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Regardons plus précisément sur une carte de quoi il en retourne en 1869, au moment où la garnison britannique s'apprete à quitter le pays après avoir dressé un plan très détaillé de Montréal et de plusieurs territoires de l'Île.

La rue Mont-Royal s'appele alors la "Tannery street", puisqu'elle nous mène directement aux installations de la tannerie de la Famille Bélair.  C'est en 1710 que Jean-Louis Plessy dit Béllaire, installe sa tannerie en pleine campagne, le long d'un ruisseau qui descend de la montagne.  Ce sera la première industrie du secteur et, par la suite, l'établissement des travailleurs à proximité, rue Rabain (Robin et ensuite Henri-Julien) donnera naissance au village qui sera connu sous le vocable de village des tanneries.  C'est plutôt un hameau et ce n'est pas un vrai village, administrativement organisé.  La rue Gilford, alors chemin des tanneries nous mène vers le village de Côte Saint-Louis, plus communément appelé Coteau Saint-Louis, au nord de Laurier.

Mais en revenant dans notre secteur de la rue Mont-Royal sur l'ancien atlas, le petit cercle vert sur la carte nous montre la localisation des deux petites maisons qui nous intéressent.  On peut penser que le bâtiment d'un seul étage entre les deux (sur les photos) est un ajout sans grande valeur.

171 3-6 détail maisons villageoises rue Mont-Royal copy

 

Vous voyez au sud, l'agglomération du Village de Saint-Jean-Baptiste et vous pouvez constater les nombreux fours à chaux (limekilns) qui parsèment toujours le secteur.  On y fabrique la chaux qui est utilisée dans l'érection des constructions de maçonnerie de cette époque.  Les édifices montrés en jaune sur la carte sont des constructions de bois, alors que ceux en rose sont en maçonnerie.  Vous y voyez la maison municipale, rue Coloniale, avant que celle-ci ne se déplace au marché coin Rachel et Saint-Laurent.

Une époque révolue, mais une réalité toujours vivante.

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